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INDE SPLENDEURS ET MISERES

INDE - 4 MOIS ET 3 SEMAINES - 2087  KILOMETRES

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  • En noir trajets fait à tandem
  • En bleu trajets fait en train


  • L'INDE est un pays que l'on peut aimer ou détester mais qui ne laisse jamais indifférent


  • Escale à Paris-Roissy Charles de Gaulle

  • L'avion venant d'Amsterdam arrive à Paris avec plus d'une demi-heure de retard. Il nous reste moins de 30 minutes pour avoir l'avion qui part pour Mumbai - Bombay. Une longue file voyageurs pour d'autres destinations nous laissent à penser que si nous en prenons la queue nous n'aurons pas notre correspondance. Tant pis, je fais taire mes scrupules et oublie les règles de la politesse. Je longe la file et m'insère en tête. De nombreuses personnes qui attendent depuis longtemps me crient dessus pour mon sans gêne. Le policier dans un premier temps m'intime de retourner en arrière. Après lui avoir fait part de ma certitude de manquer l'avion je reste stationné près de son guichet. Il nous fait passer. Dix minutes plus tard nous sommes dans l'avion qui ferme ses portes derrière nous. Ouf, j'ai manqué de savoir vivre mais pouvions-nous faire autrement.


  • Mumbay nom indien de Bombay

  • 8 heures après avoir quitté Paris nous arrivons à Bombay. Il fait nuit. A la sortie de l'avion la chaleur nous saute au visage. Il fait plus de 30°. Les formalités que nous craignions sont un peu lentes mais on nous regarde à peine.


Avant de quitter l'aéroport nous cherchons un hôtel. De nombreux guichets offrent leurs services. Nous en prenons un au hasard mais pas trop éloigné de l'aéroport. Il est à 1200 roupies (25 €), transport en taxi compris. Ce soir nous n'avons guère le choix.

  • La circulation est anarchique. Chacun se faufile sans se soucier du code de la route. Nous sommes surpris que cela passe. Après un quart d'heure le taxi s'arrête devant un hôtel très moyen mais qui arbore fièrement ses trois étoiles. Les formalités d'accueil sont longues le réceptionniste devant noter nos noms mais aussi les numéros de visas. Nous sommes accompagnés jusqu'à la chambre (le garçon attend son pourboire). La chambre est sans confort. Malgré le double vitrage nous entendons le bruit de la circulation sur le boulevard et les rues avoisinantes. Nous ne savons en quel honneur mais de nombreux pétards sont brûlés.  Les détonations nous donnent l'impression d'être dans une ville en guerre. Nous arrêtons la climatisation trop froide et apprécions le brasseur d'air du plafond. Fatigués nous nous endormons rapidement.


  • Première journée dans le chaudron

  • Le petit déjeuner est servi dans la chambre (il n'y a pas de salle pour breakfast). Le café de Bernadette est infect, le thé est passable. Les toasts beurre sont sans confiture, le sandwich au poulet est réduit à quatre tranches de pain de mie. Je partage mon thé avec Bernadette. Dehors le bruit s'est amplifié. La circulation de jour est encore plus folle que de nuit. C'est le plus intrépide ou inconscient qui passe.


Les rues et le boulevard sont sales. Les habitations hormis l'hôtel sont faites de tôles.

  • Plongés dans le chaudron

  • Nous prenons un rickshaw pour aller à la gare d'Andéri. Nous voulons voir les trains pour rejoindre le centre ville de Bombay situé à 20 kilomètres. Le conducteur du rickshaw nous donne des frayeurs lorsqu'il se glisse entres les autres véhicules et frôle les vaches arrêtées au beau milieu de la rue. Il ne tient pas compte des piétons  mais il les klaxonne. Il nous fait descendre en nous montrant une direction de la main. A peine les pieds au sol nous avons à nos basques des mendiants des deux sexes et de tous âges. Ils 'accrochent, nous tapotent les bras et nous montrent leurs sébiles. Nous n'avons pas de petites monnaies. Ils nous suivent une centaine de mètres. A contrecoeur je fais les gros yeux. Ils finissent par nous lâcher. Nous avons perdu notre chemin. en louvoyant parmi les gens sur le trottoir, les boutiques qui avancent, les petits marchands installés à même le sol nous revenons sur nos pas.

A la Gare d'Andéri nous prenons un escalier et une passerelle aux marches usées par des milliards de pas. Nous arrivons à la station. Le hall avec ses guichets est sale du sol au plafond. Nous ne comprenons pas les informations mentionnées en hindi. De longues files d'attente s'étirent devant les guichets. Bernadette qui est en short est très regardée. Les hommes regardent tout d'abord ses cuisses avant de monter vers le visage. A coté je passe totalement inaperçu. Nous renonçons à prendre des renseignements et tout bonnement le train. En traversant les voies au dessus de la passerelle nous avons vu des grappes humaines accrochées aux portes des wagons ainsi que sur les toits.

  • Pour déjeuner nous cherchons un restaurant. Sur les trottoirs défoncés il nous faut faire attention pour ne pas marcher sur les miasmes et les gens assis. Nous trouvons un restaurant acceptable. On nous mène au premier étage dans une pièce climatisée. Le froid nous saisit. Nous commandons des pepsi-cola refusant l'eau plate en pichets.  Nous avons une fourchette et une cuillère mais pas de couteau (les indiens mangent avec la main droite et avec les doigts). Ils prennent la viande (quand ils peuvent s'en payer) et l'enrobe de riz. Les crevettes, l'agneau et le riz sont bons mais très épicés.

Dans les boutiques Bernadette cherche un châle pour couvrir ses jambes mais ils sont tous vendus avec le sari.

  • Nous revenons à l'hôtel à pieds. En chemin des femmes assises à même le sol enfilent des fleurs. L'une d'elles fait signe à Bernadette qu'elle voit mal et lui demande de lui donner ses lunettes. Sur le boulevard où se trouve l'hôtel les habitations sont misérables. Dans les caniveaux coule de l'eau noire à l'odeur nauséabonde. Les trottoirs couverts de vieux papiers gras et détritus sont de véritables dépotoirs. A l'arrivée une douche est bienvenue.


  • Vers le centre de Bombay

  • Bombay est très étendue. Pour rejoindre le centre nous prenons un des taxis qui attendent près de l'hôtel.
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  • Naïvement nous pensions quitter rapidement les quartiers misérables d'Andéri mais tout le long de la route nous voyons des immeubles sales et bâtiments de fortune. Les gens sont allongés sur le sol. La Saleté est repoussante. Dans le centre ville les taudis s'imbriquent entre les immeubles en bon état ou neufs. Des échoppes vendent  des articles de toutes sortes (textiles, alimentaire, fleurs...).Dans le quartier des "lavandiers" on s'active autour d'immenses cuves ou l'on fait bouillir du linge. Nous voyons plusieurs temples mais ils ne peuvent être visités. Un superbe magasin, climatisé, vend des articles de luxe et des souvenirs de qualité. Chaque étage a sa spécialité. Sur le retour nous demandons au chauffeur de taxi de nous emmener dans un restaurant que nous avons repéré hier. Il nous emmène par des rues aux odeurs fortes. Nous voyons , au hasard,  des cochons en liberté cherchant du groin dans les détritus, un taureau mort laissé sur un tas de fumier, des gens allongés devant de minuscules maisons faites de bric et de broc et cuisinant à même le sol. Les rues sont envahies de piétons et sont bloquées par les voitures, rickshaws, camions, bus etc.... Tout le monde se dispute la place.  Le taxi arrivé à l'endroit demandé nous voulons descendre mais il veut nous arrêter du bon coté. Il décide de faire demi-tour bloquant encore plus la rue. Pour faire les quelques mètres que nous aurions pu faire à pieds il met plus de cinq minutes. Nous dînons correctement. Le retour se fait au milieu des mêmes scènes. Des gamins font éclater des pétards. Ces derniers coûtent autant de roupies qui seraient utiles pour faire manger une famille pendant plusieurs jours.

Les jours suivants, dans l'attente du matériel, nous faisons d'autres sorties dans d'autres quartiers de Bombay. Des bâtiments de belle architecture datant de la colonisation anglaise seraient remarquables s'ils étaient restaurés ou entretenus.


  • La douane de Bombay

  • Vendredi 31 octobre. Le matériel est à la douane. Je m'y rends avec le taxi qui nous trimballe depuis notre arrivée. Le transitaire qui me remet le document de douane n'oublie pas de me demander 283 roupies. Pour entrer dans la zone fret on me demande 300 roupies. Je me récrie en disant que les indiens ne paient que 60 roupies et que de toutes façons je n'ai que 50 roupies sur moi. On me les prend et j'ai un laisser passer pour le conducteur de taxi et moi.
Je crois que les formalités vont être rapides et se faire sans difficulté. Pour cela me dit-on il faut donner 10 000 roupies. Je refuse arguant que les objets sont ma propriété depuis longtemps et que je ne fais que transiter par le pays. On m'indique un banc et l'on me demande de m'asseoir. J'attends depuis deux heures lorsqu'un employé vient me dire de revenir à 14 heures 15. Les services ferment une heure pour le lunch. Je profite de la pause pour boire un Pepsi-cola, le chauffeur, lui, mange du riz avec de la sauce (je lui propose de lui payer de la viande mais il refuse).

  • 14 heures 15, toujours sans nouvelle de mon matériel je demande à voir un responsable. Un fonctionnaire avec deux galons vient au bout d'une demi-heure et fait ouvrir la remorque. Il demande aussi que tandem soit déballé mais je m'y oppose ayant encore à le transporter. Il repart sans rien dire. A bout de patience je demande à voir son chef. Un autre fonctionnaire (avec quatre galons) arrive, regarde avec intérêt la remorque, me demande l'itinéraire que nous avons prévu d'emprunter. Au nom de Pondichéry son visage s'éclaire. Il est originaire de cette ville. Il dit avoir vu Jacques Chirac et être son ami. Je profite de ce bon état d'esprit pour lui dire que les droits de douane ne sont pas justifiés. Il me dit qu'il va voir cela avec le big chef. Je demande à le suivre. Dans un bureau peu éloigné un autre fonctionnaire en civil est informé de mes récriminations. Après réflexions et discussions en hindi et non en anglais la somme baisse de 10 000 à 1 500 roupies, pas une de moins. On m'explique qu'une partie du service est rétribué par les frais de douane non officiels. Ne rien donner ferait blocage de la part des personnels. Lui et le 4 galons seraient désolés de me revoir demain et peut être après demain. Je consens au final à débourser l'équivalent de 25 € mais la bataille n'a pas été vaine car je n'oublie pas qu'au début ce n'était pas moins de 200 € qui étaient demandés. Je ne suis pas encore sorti du bureau du "big chef" que le tandem et la remorque sont déjà en chargement sur le taxi.


  • Ce racket légal est imposé à toutes les marchandises et effets personnels qui transitent par la douane. J'ai pu pendant que j'attendais me rendre compte qu'il n'était pas imposé seulement aux étrangers, les indiens y sont aussi assujettis. Celui qui, comme moi, qui ne veut rien donner au départ peut revenir pendant plusieurs jours. Il vaut mieux négocier le premier jour mais avec fermeté. Peu se paient le culot d'aller discuter dans les bureaux. Je crois que le 4 galons de Pondichéry et ""ami de Chirac"" a été mon joker.


  • Où l'on quitte Bombay sans regret

  • 2 novembre - par précaution nous avons demandé au chauffeur de taxi de nous guider jusqu'à la sortie de la ville. Nous roulons doucement sur une route très abîmée. A peine démarré la chaîne qui relie les deux pédaliers saute à plusieurs reprises. Les plateaux ont été déformés pendant le voyage d'Amsterdam à Bombay. Je pose les deux pédaliers neufs que nous avons en réserve. Pendant ce temps nous sommes le spectacle de plusieurs dizaines de personnes. Certains sont si près de moi qu'ils me gênent dans mes gestes. Nous repartons sous la chaleur. A mi chemin notre guide passe le relais à un ami, chauffeur de taxi lui aussi. Après 15 kilomètres depuis l'hôtel nous sommes lâchés seuls en direction de Panvel.


  • Pipi-caca

  • Longeant un ruisseau nous sommes amusés par la trentaine d'hommes, les fesses à l'air, en train de faire leurs besoins. Leurs baraques sont de l'autre coté du ruisseau.


L'inactivité pendant plusieurs semaines en Hollande plus la chaleur 33° nous font rouler à l'économie. Nous appuyons sur les pédales avec modération. Il nous faut faire très attention à la circulation qui est aussi anarchique à la campagne qu'en ville. Nous devons constamment faire des gestes pour que l'on s'écarte de nous en doublant ou en croisant.
Les véhicules, à part quelques uns, sont anciens et en mauvais état. Les camions prennent des passagers. Quand il n'y a plus de place dans les cabines archi bondées on monte dans la caisse voire sur le toit s'il est rigide.

  • Vers 13 heures je suis pris de vertiges, insolation ou hypoglycémie ? Il semblerait que ce soit la deuxième hypothèse. Je prends trois pierres de sucre et deux mandarines puis je me repose pendant une dizaine de minutes allongé sur une bâche. Bernadette ressent une envie de vomir. Un Mc Donald's un peu plus loin nous permet de nous requinquer en climatisé. Sur le parking notre tandem et la remorque attirent les regards. A la sortie la chaleur nous souffle sur le visage mais tout va bien.

A Panvel après avoir délaissé plusieurs hôtels sordides nous prenons une chambre dans celui qui semble le meilleur. La façade vient d'être repeinte mais les chambres sont vieillottes et sales. Le wc a le dessus qui ne tient pas et la douche n'a pas de pomme. Derrière la porte c'est noir de crasse et d'humidité. Craignant de ne pas trouver mieux nous prenons. Bernadette fait changer les draps qui ne sont pas de première fraîcheur. Comme chacun le sait les indiens se lavent le derrière après la grosse commission, il n'y a donc pas de papier toilette. Un personnel de l'hôtel est obligé d'aller nous en acheter à la pharmacie.


  • Odeurs et putréfactions

  • En cours de route nous trouvons quelques réjouissances pour nos yeux et nos narines. Sous la chaleur suffocante, c'est tout d'abord le cadavre d'un chien que viennent déchiqueter les corbeaux. Plus loin ce sont les restes d'une petite vache ou d'un veau sans doute tué par un camion il y a plusieurs jours.  Enfin pour que le plaisir soit complet c'est une vache qui avait commencé à vêler qui est crevée sur le bord de la route. Son sexe largement ouvert laisse voir une partie de la tête du veau. Les mouches ont déjà abondamment pondu. Avec la température de 40 à 45° au soleil la décomposition avance vite.


  • Sacrée vache

  • Après deux nuit et une journée de repos dans un hôtel (très bien) à Khopoli nous prenons la direction de Pen. La route très mauvaise est truffée de montées et de descentes. Alors que nous terminons une montée nous croisons un troupeau de vaches errantes parmi lesquelles se trouve un jeune taureau. Les bovidés sont autour de nous lorsque le jeune taureau vient donner de la tête et de la corne dans le flanc d'une jeune vache. Celle-ci sous le choc est plaquée contre la remorque. Les animaux éloignés nous voulons repartir. La remorque reste bloquée. La roue gauche totalement voilée dessine un superbe huit. Je suis atterré ne sachant pas comment redresser. Nous arrêtons une voiture qui transporte trois hommes. Nous demandons de l'aide pour déplacer la remorque et s'ils connaissent un réparateur. Le propriétaire du véhicule en indique un à Khopoli d'où nous venons. Il arrête une voiture qui va dans ce sens et m'adjoint l'un de ses hommes. Bernadette reste près du tandem le temps que je revienne avec une  roue neuve ou la roue réparée. A Khopoli le réparateur de bicyclettes n'a pas de roue de cette dimension. Il envoie l'un de ses aides chez un collègue. Dix minutes plus tard il revient les mains vides. L'artisan procède au redressement de la roue. Elle reprend rapidement sa forme initiale. Le réglage des rayons demande plus de temps. Je retrouve Bernadette après plus d'une heure et demie d'absence. Pour se protéger du soleil et de la chaleur elle a ouvert son parapluie. La roue remontée nous reprenons la route mais il fait vraiment chaud.


  • Jim l'anglais

  • Nous trouvons un motel avant d'arriver à Pen. Les installations sont récentes mais mal entretenues. Nous prenons une chambre après en avoir fait baisser le prix de plus de la moitié. Avant de nous installer nous déjeunons dans le jardin du restaurant (la climatisation ne fonctionne pas à cause d'une panne de courant). Nous commençons le déjeuner lorsqu'un européen qui a vu le tandem et la remorque vient se présenter. Il est anglais, professeur dans une association suisse. Il s'appelle James  Bradshaw. Nous l'invitons à boire un verre et discutons avec lui pendant notre repas.  Avant de nous quitter il nous invite pour la soirée à laquelle se trouveront les autres membres de l'association. Il propose de nous loger. Nous acceptons.
Après le déjeuner nous rejoignons la partie du complexe hôtelier louée par l'association. Sur place une chambre est mise à notre disposition. Nous faisons connaissance avec les autres membres de l'association. Outre Jim, son fils et sa compagne il y a Leslie la directrice, Heidi une jeune américaine et d'autres professeurs de nationalité indienne. Après le dîner nous célébrons une fête (anglaise) qui remonte à la Renaissance. On y brûle un pantin et des pétards sont jetés dans le feu. Des gerbes d'étincelles jaillissent. Nous craignons Bernadette et moi un incendie des herbes sèches proches mais tout se passe bien. Avant d'aller se coucher Jim nous propose d'aller demain avec les enseignants jusqu'à la cote.

  • La sortie se révèle agréable et l'air marin rafraîchit la température. Après Pen nous allons à Alibag. Nous déjeunons dans un complexe hôtelier puis visitons un fort en mer qu'il nous faut rejoindre en barques. Au retour il fait nuit. Les conducteurs loués avec les véhicules circulent sans précaution (à ce qu'il nous semble). L'arrivée est pour nous un soulagement.

Le lendemain nous allons avec un membre de l'association à Panvel retirer de l'argent. En cours de route nous avons un ralentissement. C'est une vache qui gît au centre de la chaussée. Les conducteurs la contourne avec précautions bien qu'elle soit morte. Sur le bas coté de la route des singes assis sur leurs culs regardent les voitures passer. De temps à autres des camions en panne  encombrent la route. Pour se signaler les conducteurs posent un dizaine de mètres avant des pierres ou des branchages.

  • En soirée il nous est proposé  de la vidéo. Nous avons le choix entre Jean de Florette, les Misérables ou le Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Ayant vu les précédents nous optons pour Amélie Poulain. Le film est en version française sous-titrée en anglais.  Nos amis rient à gorges déployées. Moins amusés nous le faisons voir le moins possible.
  • Alibag - Murud Janjira - Hariharehwar


  • Nous quittons Jim et l'équipe en promettant de donner des nouvelles mais nos routes se croiseront-elles à nouveau.

Nous sommes à Alibag à 11 heures. Nous prenons une chambre d'hôtel où nous nous sommes arrêtés il y a deux jours pour le petit déjeuner lors de la sortie avec les anglais. La visite des chambres déçoit. C'est vieillot et poussiéreux. Nous en sommes réduits à prendre "la suite" qui elle aussi est minable. Nous allons faire un tour en ville mais c'est sans intérêt. A notre retour nous constatons qu'une roue de la remorque est penchée. Quelqu'un l'aura bougée et au lieu de la rouler la faite glisser sortant l'axe de roue de son logement. Cela me met en colère. Décidément avec les indiens nous n'avons pas fini d'avoir des surprises. Dans la chambre la climatisation qui fait un bruit d'enfer ne refroidit rien. Il fait au moins 30°. Je descends à la réception thermomètre en main. Le manager est absent (ou prétend l'être). J'annonce que nous ne paierons pas le prix préalablement fixé d'autant que la télévision ne fonctionne pas non plus. On nous apporte un ventilateur. Nous avons du vent sans fraîcheur.


  • Levés aux aurores nous chargeons la remorque avant de payer. Lorsque la note est présentée une réduction de 20% est appliquée. La colère d'hier au soir a portée ses fruits.

A peine avons-nous démarré que l'axe de roue de la remorque sort à nouveau de son logement. Remis en place cela se reproduite trois cents mètres plus loin. Des rondelles sont placées et cela tient.


  • Dans les villages des bouchers improvisés vendent des morceaux de viande sans aucune mesure d'hygiène, les mouches virevoltent sur les morceaux étalés. C'est dimanche, apparemment c'est le jour faste dans les familles (qui peuvent se le permettre).

Nous faisons souvent des pauses pour boire de l'eau. En fin de matinée nous trouvons un petit hôtel récent. La chambre est propre et confortable.


  • Le jour suivant nous arrivons à Murud-Janjira. S'y trouve le complexe hôtelier où nous avons déjeuné avec les anglais. C'est au bord de la mer. Les installations sont satisfaisantes et après discussion nous avons un prix correct. Nous y restons un journée à nous reposer et profiter de la mer. Les autres clients viennent nous voir s'étonnant de notre périple, à notre âge, sur un tandem. Dans les arbres les chauves souris géantes sont pendues la tête en bas. Elles attendent la nuit pour aller chercher leur nourriture.


  • Murude-Janjira à Harihareshwar. La journée où tout se bloque

  • En quittant Murud-Janjira nous sourions de voir une dizaine d'hommes, le cul à l'air, en train de faire leurs besoins au bord des vagues. Ils ne semblent pas gênés d'être vus dans cette position.


Pour rejoindre Dighi un petit village qui se trouve de l'autre coté de la baie nous montons dans un petit bateau. Malgré l'exiguïté nous réussissons à embarquer le tandem et la remorque en une seule fois. On nous demande 6 roupies à chacun et pour le matériel 50 roupies.

  • Dighi ne présente aucun intérêt. Nous reprenons notre route immédiatement. Celle-ci est truffée de trous et de bosses et de grandes plaques de bitume manquent. L'étroitesse de la chaussée fait que tout le monde roule au centre. A chaque croisement il faut être attentif à ne pas verser la remorque dans le fossé. Il fait chaud. La maigre nature n'offre aucun abri à l'ombre.

La route plate pendant quelques kilomètres se met subitement à grimper. Un panneau indique une montée sévère sans en donner le pourcentage mais nous pensons qu'elle est au moins de 12 à 15%. Éloignés de la cote nous n'avons plus la brise marine. Nous transpirons abondamment. Les villages aux maisons de torchis sont pauvres. Les habitants, le premier moment de surprise passé, nous saluent. A chaque carrefour nous posons le pied à terre pour nous orienter. Parfois des renseignements nous sont donnés mais ils sont le plus souvent contradictoires. Faute de restaurant pour déjeuner nous nous contentons de grandes lampées d'eau. Les difficultés se succèdent. La route ressemble à des montagnes russes, à peine sommes-nous descendus qu'il nous faut remonter. Les 80 kgs de la remorque tirent lourdement vers l'arrière. Sous la contrainte la roue libre du tandem se bloque soudainement. Nous sommes obligés, quelle que soit la nature du terrain de pédaler en continu. C'est pénible car nous ne pouvons plus nous reposer les genoux.


  • Au village de Shrivardhan il n'y a que des hôtels minables. Malgré nos ennuis mécaniques nous prenons la direction de Harihareshwar un autre village situé à 18 kilomètres. Nous y trouverons peut-être un hôtel. La route est maintenant moins difficile mais compte tenu de la fatigue nous n'avançons pas très vite. Cela fait 8 heures que nous roulons. Bernadette commence à avoir mal aux genoux. Si je ne le dis pas j'ai moi aussi envie de m'arrêter. Avant d'arriver à Harihareshwar nous trouvons un complexe de vacances et week end. Il y a des chambres et des bungalows. Nous prenons une chambre. Nous sommes épuisés. Pédaler en continu nous a enlevé nos dernières forces.

  • Nous ne le savons pas encore mais nous allons rester ici pendant 21 jours.


  • Harihareshwar - Harihareshwar et encore Harihareshwar

  • A premier examen la réparation de la roue libre se révèle impossible. Harihareshwar est un tout petit village sans commerce et encore moins de boutique de vélos. Il nous faut aller à Shrivardhan en rickshaw. Celui qui nous emmène est déjà en surcharge lorsque nous y montons. Nous trouvons des places près du pilote (chacun d'un coté, une seule fesse portant sur le siège). La route est défoncée mais le conducteur on le voit a l'habitude. Nous sommes brinquebalés durant la demi-heure que dure le trajet. A Shrivardhan aucun des réparateurs de cycles n'a de roue à cassette. L'affaire attire autour de nous une foule de curieux. Chacun veut voir, toucher la roue, si différente de celles qu'ils ont sur leurs vélos. Les 7 pignons leur semblent extraordinaires (les leurs n'en ont qu'un, parfois trois au plus). Malgré notre problème nous sommes amusés de voir ces gens regarder la roue comme une poule qui viendrait de découvrir un oeuf en pierre et qui ne saurait pas quoi en faire.  Notre problème ne trouvant pas de solution Bernadette suggère que nous prenions contact avec Jim l'anglais. Peut être pourra-t-il nous trouver la roue à Bombay ? Un essai téléphonique n'aboutit pas. Nous lui envoyons un fax. Le retour vers Harihareshwar se fait dans la morosité et en surcharge. Le rickshaw fait pour 6 au maximum en transporte 10 (mais peut-on réclamer lorsqu'on paie 50 centimes d'€uros pour 18 kilomètres). A peine sommes nous à l'hôtel que Jim nous appelle. Il a bien reçu le fax. Nous lui donnons les précisions qu'il demande. Il promet de s'occuper de nous.


  • La vie à Harihareswhar

  • Nous avons déménagé de la chambre pour un bungalow. Nous y sommes plus tranquilles. Nous avons parfois la compagnie des singes de de minuscules écureuils gris. Les repas sont pris au restaurant de l'hôtel sous un abri de palmes. Le service est sans style. Agacée par la saleté des tables Bernadette donne ses ordres au serveur pour qu'il effectue un nettoyage correct. La surprise passée il s'exécute (mais les premiers jours il faut recommencer à lui rappeler). Nous n'allons pas du coté des cuisines. Un regard nous a montré qu'elles étaient si sales et graisseuses que notre appétit en serait coupé.  Les journées se suivent sans changement notable. Hors des repas nous nous promenons dans les environs et au village. La plage me permet de profiter de la mer. Je fais trempette en compagnie d'indiennes en sari.


  • Rien ne va

  • Deux jours après avoir été contacté Jim nous apporte une roue. Il est accompagné de sa femme et de son fils. Je constate rapidement que la roue n'ira pas. Jim s'est tellement démené pour la trouver que je tais ma déception. Ceci dit nous passons ensemble une agréable journée.
  • Que nos femmes en Occident sont heureuses

  • Nous sommes à déjeuner sous notre paillote quand une femme passe à proximité avec un gros fagot de bois mort sur la tête. Elle pose son fardeau et vient s'asseoir sur une des marches qui mène à l'endroit où nous sommes. Elle tombe soudain à la renverse et perd visiblement connaissance. Je me porte à son secours et la relève. Nous lui donnons de l'eau qu'elle boit à petites gorgées. La femme paraît fatiguée. De retour à la table nous la surveillons du coin de l'oeil. Elle semble avoir repris ses esprits. Ses forces reviennent. Dans une petite assiette je mets du riz, de la viande de poulet et de la sauce. Je plie en quatre un chapati (galette servant de pain) et offre le tout à la femme. Elle refuse en me disant quelque chose que je comprends pas. Un homme installé à une table près de nous me dit qu'elle va partir chez elle une fois reposée et qu'elle ne veut pas manger. Quelques minutes plus tard une enfant de 12 ans rejoint la femme. Elle prend le lourd fagot sur sa tête et s'en va suivie de la femme qui doit être sa mère.


  • 18 novembre - journée de réflexion

  • 1- faut-il commander une roue et des pièces de rechange par l'intermédiaire de nos enfants et de les faire acheminer par UPS ou DHL ?
  • 2- faut-il tout simplement abandonner le voyage, notre matériel, et rentrer en France avec nos billets de retour qui sont encore valables jusqu'au 22 novembre ?
Une nuit de réflexion s'impose...


  • 19 novembre - nous continuons

  • Dans la matinée par téléphone je demande à Danièla, notre fille, de nous expédier une roue montée et divers matériels. Cela devrait dit-elle être chez DHL ce soir.


  • Différents lieux - différentes moeurs

  • Le week end Harihareshwar est plus animé. Nous nous sentons moins seuls mais nous apprécions peu la compagnie des nouveaux parvenus. Ils sont imbus de leurs personnes. Ceci ne les empêche pas de se comporter comme de véritables cochons à table. Ce samedi soir, l'abri ou nous dînons est plein comme un oeuf. Les gens boivent, discutent, pètent et rotent. Des bruits caverneux se font entendre de ci et de là. Personne dans l'assistance n'est choqué. Par crainte d'odeurs chaudes nous préférons abréger le moment de détente.


  • La roue est arrivé à Bombay, mais...

  • En cette journée du 24 novembre je suis de méchante humeur. A midi, Vichnou (le serveur) en fait les frais. Je le houspille copieusement de ne pas tenir notre table suffisamment propre et de nous donner des verres avec des traces.  N'ayant pas compris les paroles il en comprend le sens et s'affaire immédiatement à remédier aux manquements reprochés.

En fin d'après-midi je suis plus accessible. La roue est en douane à Bombay.


  • 30 novembre - une aide improvisée

  • Nous n'avons toujours pas la roue. Elle reste bloquée à la douane. Visiblement on attend que l'on vienne la chercher pour nous soutirer quelques centaines de roupies.

13 heures - à notre retour de déjeuner nous sommes interpellés par un indien qui occupe le bungalow proche du notre. Il a été informé de notre problème par la réception et souhaite nous venir en aide. Dès demain dit-il lorsqu'il sera à Bombay il ira voir le transitaire et récupérera le paquet. Il nous le fera ensuite acheminer directement par son chauffeur avec sa voiture personnelle. Nous le remercions et espérons (avec des réserves) que son intervention sera suivie d'effet.

  • Le reste de la journée est subitement plus agréable. Nous remarquons à nouveau les dauphins qui profitant de la marée montante suivent les poissons qui pénètrent dans le golfe tout proche. Nous voyons aussi les yeux rieurs des femmes musulmanes, heureuses en ce dimanche d'un peu de liberté. Au repas du soir pourtant identique aux précédents nous avons plus d'appétit.

  • Le lendemain Jai Rao (nom de l'indien) téléphone pour dire que le colis est récupéré. Il viendra demain dans l'après-midi nous l'apporter.


  • Thank you Jai

  • Un peu avant 13 heures Jai arrive en compagnie de son épouse Naïna. Nous réceptionnons le précieux colis. Celui-ci a été ouvert mais il ne manque rien selon la liste qu'à jointe Danièla. Je monte tout de suite la roue sur le tandem ainsi qu'une manette neuve pour le changement de plateaux. Un essai se révèle concluant.

Heureux nous descendons en soirée dîner avec Jai et Naïna. Au moment de régler nous avons la surprise d'invitants de devenir invités.


  • Vichnou notre serveur s'est mis sur son 31 pour la photo que je fais avec lui. Pour l'occasion il a rentré la chemise dans le pantalon. Plus tard, la photo, trônera sans doute dans l'endroit le plus en vue de la maison pour que les visiteurs ne la manquent pas. En effet les indiens adorent avoir des photos prises avec des européens qu'ils présentent comme étant leurs amis.
  • Jai et Naïna insistent pour que nous passions quelques instants dans leur bungalow avant de se dire au revoir. Au moment de les quitter ils nous offrent des fruits, une demie boite de Vache qui Rit et des mini tablettes de chocolat. Il est minuit...


  • Vrai faux départ - Journée de galère

  • 5 heures - les premières minutes après le lever sont difficiles. Il est trop tôt pour un petit déjeuner au restaurant. Nous mangeons les mini tablettes de chocolat et des fruits. Nous verrons plus loin pour avoir quelque chose de plus consistant.

Le jour se lève lorsque nous partons à 7 heures. Nous arrivons rapidement à l'embarcadère où nous allons prendre le petit bateau pour effectuer la traversée du golfe.  L'embarquement du matériel pose des problèmes aux gens du bateau. Ils sont maladroits et il faut que je dirige la manoeuvre pour que rien ne soit abîmé. L'estuaire franchi nous sommes dans le village de pêcheurs de Bagmandala aux odeurs fortes et aux rues sales et étroites. L'endroit est à quitter au plus tôt. A la sortie du village nous prenons à droite afin de suivre la cote et aller vers le sud. Lors de la traversée de deux ou trois villages lorsqu'on nous demande où nous allons et que nous répondons Goa on nous dit que ce n'est pas  par là. Nous avons été tant de fois trompés depuis que nous sommes en Inde que nous ne faisons pas attention. Ma carte mentionne bien une route longeant la cote en direction de Goa et à l'écart de la nationale très passante et dangereuse. Plus loin, alors que nous sommes arrêtés à nous reposer, un véhicule 4X4 avec plusieurs hommes à son bord s'arrête près de nous. Celui qui semble être le responsable nous dit que nous faisons fausse route. Un doute s'installe mais nous continuons à faire confiance à la carte. Deux kilomètres après la route devient piste et s'ouvre sur plusieurs directions. L'une descend vers la mer, deux autres entrent dans les terres. Nous descendons vers la mer ou l'on nous dit qu'un bateau  fait la navette entre les deux rives. A la vue du bateau moins large que la remorque et guère plus long que le tandem nous hésitons. Notre hésitation est d'autant plus grande que de l'autre coté du golfe le bateau accoste sur une large bande de sable ou la remorque risque de s'enfoncer. Des fonctionnaires (des eaux et forêts) nous disent qu'une des pistes fait le tour par le fond du golfe. Il nous faudra faire 19 kilomètres avant d'arriver au village que nous apercevons à un kilomètre. Nous optons pour cet itinéraire. Après avoir remonté avec peine jusqu'au croisement nous prenons la piste indiquée. Nous avançons difficilement à cause des pierres. Un kilomètre après la bifurcation nous avons un coupe jarrets qui nous oblige à descendre et à désaccoupler le tandem et la remorque. Bernadette pousse le tandem et je tire la remorque. Bernadette prend de l'avance mais arrive au sommet du raidillon épuisée. Elle a le souffle coupé. La voyant en difficulté je la rejoins laissant la remorque calée avec des pierres. Je lui asperge la nuque. Elle se mouille le visage et les cheveux. Un quart d'heure de repos est nécessaire avant que nous redescendions chercher la remorque. Sans son aide il m'aurait été difficile de faire l'ascension de la cote. Après un nouveau repos nous enfourchons à nouveau le tandem. Nous sentons qu'il va falloir manger. Nos muscles sont en manque. Installés à l'ombre nous déjeunons de pain de mie, des quatre parts de Vache qui rit, de la dernière orange et en rationnant notre eau potable. Alors que nous repartons nous entendons un frottement à l'arrière. C'est la roue qui a été réparée à Khopoli qui vient de se remettre en 8. Pour évaluer les dégâts nous nous garons sur un terre plein. Préoccupé je ne vois pas une grosse pierre qui fait basculer la remorque. La deuxième roue plie à son tour et se voile. Nous voici dans l'impossibilité de continuer. De plus nous sommes dans un endroit ou personne ne passe. Nous en sommes à nos réflexions  et repérant à tout hasard un endroit pour camper lorsque nous entendons le ronron d'un moteur. Ce doit être un camion. Le bruit continue mais nous ne voyons rien arriver. Laissant Bernadette près du matériel je vais en direction du bruit. Trois cents mètres plus loin je vois un camion arrêté, le moteur au ralenti. Deux hommes puisent de l'eau à une fontaine. J'essaie de leur expliquer mon problème (avec dessins à l'appui tracés sur le sol). Ils comprennent mais ne peuvent pas m'aider. Leur entreprise leur interdisant de monter qui que ce soit. De retour près de Bernadette nous attendons assis sur des pierres. Un quart d'heure se passe avant que nous n'arrivent deux hommes, chacun sur leur moto. L'un d'eux comprend l'anglais. Un coup d'oeil sur les roues termine les explications. Il me propose de m'emmener jusqu'à leur chantier (devant lequel nous sommes passés il y a deux trois heures). Je laisse à nouveau Bernadette seule dans la nature et part à cheval sur une moto. Au chantier je suis présenté au chef qui après avoir donné des ordres à exécuter pendant son absence m'emmène à son tour à moto. Nous allons aux villages que nous avons traversés. Il cherche à nous faire transporter mais ne trouve pas de véhicule assez grand. D'une cabine j'essaie de contacter Jai Rao mais il a déjà quitté Harihareshwar. Ne pouvant pas laisser les ouvriers plus longtemps seuls l'homme me confie à un réparateur de cycles (ou supposé tel). Ce dernier s'arme d'une pince multi-prises et me ramène à moto jusqu'auprès de Bernadette. Pendant le trajet je reçois sur la figure de la poudre rouge que l'homme se met dans les narines (une petite drogue).  Sur place mes doutes se confirment, l'homme ne connaît rien à la mécanique. Il semble tellement embué par sa drogue qu'il suggère que l'on mette la roue de secours du tandem à la place de la roue de remorque en 8. Il me faut insister pour qu'il comprenne qu'elle ne sont pas de la même dimension.

  • Laissant à nouveau Bernadette je repars à moto pour trouver par mes propres moyens un véhicule. Par chance un kilomètre plus loin nous rattrapons un rikshaw avec un plateau et qui sert grâce à des banquettes au transport de personnes. Le pilote de la moto l'arrête.  Après un quart d'heure de marchandages le conducteur du rickshaw accepte de nous transporter avec le matériel à Harihareshwar en passant par le fond du golfe pour 700 roupies. Le matériel est monté avec beaucoup de peine sur le petit véhicule (les banquettes ont été enlevées). Le maintien se fait avec de la corde mais je préfère rester sur le plateau à le tenir.  Bernadette monte près du conducteur, assise sur une fesse. Au croisement avec Bagmandala le pilote descend vers le port. Il ne veut plus faire le tour par le fond du golfe. Nous arrivons pour prendre le dernier bateau. Le matériel est chargé. Le conducteur du rickshaw demande ses 700 roupies. Je lui dis que le travail n'a pas été effectué comme prévu. Il ne mérite pas plus de 100 roupies. Le patron du bateau qui comprend l'anglais vient à la rescousse mais en notre faveur. L'autre, la tête basse, prend le billet de 100 roupies et s'éclipse avant que le bateau ne quitte le quai.  A nouveau du coté de Harihareshwar nous faisons à pieds, Bernadette poussant le tandem et moi tirant la remorque (avec ses roues faussées qui frottent et qui freinent) le retour vers l'hôtel. Les moustiques alors que nous longeons une zone marécageuse s'en donnent à coeur joie avec leurs aiguillons sur nos parties découvertes. Près de l'hôtel nous rencontrons Vichnou qui est tellement surpris de nous revoir qu'il peine à nous reconnaître (dans le noir).  A l'hôtel c'est aussi l'étonnement. Le manager est rappelé. On nous donne un autre bungalow (celui où nous étions est loué). Nous regrettons que Jai et sa femme ne soient plus là. Une douche et un dîner avant de nous coucher finissent la journée. Il est 21 heures. Pas besoin de nous bercer. Demain sera un autre jour. Nous verrons ce que nous ferons.


  • 4 décembre - Après une nuit réparatrice nous nous interrogeons sur l'opportunité de continuer le voyage avec la remorque. En Inde et dans les pays suivants nous n'aurons sans doute pas souvent l'occasion de camper. Déplacer 80 kgs de bagages pour peu d'emploi ne semble pas réaliste.

Dans l'après-midi nous appelons Jai Rao. Nous lui disons notre intention de nous séparer de la remorque. Il nous dit d'amener celle-ci à Bombay. Il en fera éventuellement l'expédition vers la France. Nous passons le reste de l'après-midi à trier les affaires que nous laisserons dans la remorque. Le couvercle refermé nous avons tout de même un serrement de coeur. Nous l'avons quand même traînée pendant 12 000 kilomètres.

  • 5 décembre - nous partons à Bombay en 4X4. A la demande de Jai le manager de l'hôtel nous accompagne en cas de problème. Les 50 premiers kilomètres sont fait en 1 heure 45 sur une route de montagne des plus mauvaises. Sur la nationale nous roulons à 80 kms/h en moyenne.

Au cours du trajet nous constatons que les plus pauvres sont exploités. Ils vivent sous des abris faits de bâches posés sur des branchages. A proximité ils fabriquent des briques. Celles-ci sont faites à la main dans de petits moules et mises à sécher comme le faisaient il y a des centaines de générations avant eux. S'ils n'en n'ont pas de noms ce sont quand même des esclaves.

  • En approchant de Bombay nous retrouvons les habitations misérables et la circulation intense aux coups de klaxons ininterrompus. Notre conducteur se sert lui aussi de cet accessoire pour se frayer un passage entre les voitures, camions, bus, piétons et cyclistes.

Le quartier ou habite Jai Rao est riche mais des maisons faites de bric et de broc, des petites échoppes en tôle s'imbriquent entre les immeubles cossus. Jai nous attend devant un immeuble aux grilles gardées par quatre hommes en uniforme. La voiture est garée mais le chauffeur reste à son poste. Jai nous invite à entrer chez lui. Le manager de l'hôtel suit respectueusement à distance. L'appartement (résidence temporaire de Jai qui se fait construire un immeuble de sept étages) est en duplex et spacieux. Quatre personnels travaillent à demeure dont un spécialement chargé de s'occuper des chiens (des danois) et du... chat.

  • Nous retrouvons Naïna et nous faisons la connaissance de Devika, la fille du couple.  Il nous présente aussi Gabriella, une portugaise mariée à un indien, dite "La French Lady" étant la seule dans le quartier et les relations à parler français. Elle et son mari ont vécu au Congo Brazzaville où ils avaient une affaire. Les évènements des années 90 les en ont chassés.

Jai nous emmène au restaurant. Celui-ci est situé à deux cents mètres de la résidence mais nous prenons la voiture pour y aller. Le rang de la famille ne permet pas de faire cette distance à pieds. Quelques instants plus tôt, pour aller chercher de l'argent à un DAB, situé à 50 mètres, la voiture avait été jugée là aussi indispensable.  Le gardien, placé près du guichet, a eu de ce fait une attitude plus déférente.

  • La carte et la décoration du restaurant sortent de l'ordinaire. Le repas est correct et nous avons plaisir à manger. Nous buvons malheureusement de l'eau, notre hôte étant persuadé que nous devons garder toutes nos idées pour les emplettes que nous avons décidé de faire. A la sortie du restaurant, comme Jai conserve la voiture, Naïna  prend un rickshaw pour faire les deux cents mètres la séparant de chez elle. 

Nous ne trouvons pas les sacoches que nous espérions acheter. Nous expliquons à Jai que nous allons faire fabriquer des supports et acheter des sacs. Il semble ravi d'arrêter des recherches qu'il sait vouées à l'échec.

  • A notre arrivée à la résidence Jai invite le manager de l'hôtel de Harihareshwar à entrer. Ce dernier, assis sur le bord de son fauteuil, est à l'évidence mal à l'aise. Il n'est pas dans son monde. Sa maison, au confort sommaire, contraste avec le luxe affiché ici. Il ne participe pas à la conversation et s'ennuie. Au bout de quelques instants il demande à se retirer. Nous sommes heureux, quant à  nous, d'être en présence de gens charmants. Ils nous invitent à plusieurs reprises à rester ce soir et demain. Nous déclinons l'invitation, prétextant sans trop savoir pourquoi, ne pas avoir pris de nécessaire de toilette.

A 20 heures, conscient de la route que nous avons à faire nous remercions Jai, Naïna et Devika de leur accueil. Avant le départ ils nous donnent (c'est une tradition de donner à ses invités avant le départ) deux pains de mie, de la confiture et des tranches de fromage.

  • Le retour se fait sans problème malgré une circulation qui nous semble plus chargée qu'à l'aller. Nous sommes au centre de l'anarchie mais nous avançons quand même. Lorsque la route n'est plus éclairée nous sommes souvent éblouis par les voitures, camions et bus qui roulent sans vergogne en pleins phares. Notre conducteur agit de même, tant pour éviter la collision avec les camions qui roulent tous feux éteintes que pour voir les chars à boeufs, les vélos et les piétons. Il nous faut 5 heures pour arriver à Harihareshwar. Nous sommes tellement fatigués que nous nous couchons sans prendre de douche.
  • Trop de générosité tue la reconnaissance

Depuis que nous sommes revenus à Harihareshwar nous avons remarqué au croisement qui mène à l'hôtel deux familles qui vivent sous une bâche soutenue par six piquets. Outre les deux hommes, qui fabriquent ou réparent des manches d'outils, il y a deux femmes, une adolescente et trois enfants dont un nouveau né. Lors d'un passage j'ai donné quelques roupies contre lesquelles j'ai eu un sourire. Repassant par là avec Bernadette, dans un élan, cette dernière prend le bébé dans ses bras. La maman est heureuse et fière. Lorsque je demande à faire une photo elle y consent mais à condition de mettre à l'enfant ses plus beaux vêtements. Après les photos nous pensons faire plaisir en donnant un billet de 100 roupies (2 €). Les adultes ne prenant pas le billet Bernadette le glisse dans la main de l'adolescente en expliquant par gestes que c'est pour les deux familles. Nous les quittons en leur faisant des signes de la main et en leur souriant. Curieusement nous voyons des sourires gênés. Plus tard nous comprendrons qu'il aurait mieux valu donner plusieurs fois mais pas autant d'un seul coup.
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  • En route pour Panaji (Etat de Goa)

  • Ne disposant pas de suffisamment de sacoches pour transporter les affaires qui nous restent nous louons un véhicule pour rejoindre Panaji, capitale de l'état de Goa et distante de 350 kilomètres environ.

9 décembre, 7 heures 30. Le ciel pâlit. Nous quittons Harihareshwar. Outre les deux conducteurs vient aussi le manager de l'hôtel, sans que nous sachions pourquoi. A nos questions il répond qu'il va passer deux jours chez un ami à Panaji. Nous le laissons pour l'occasion profiter du véhicule. Il monte devant avec les deux chauffeurs.

  • Après 2 heures de route cahoteuse nous arrivons à Khed qui se trouve sur la route nationale. Le trafic est important. Certains nous avaient dit que la route de Goa était jalonnée de petites cotes. Ce sont de véritables murs que gravit le 4X4 après avoir rétrogradé pour que le moteur ne peine pas.

Vers 10 heures nous prenons le petit déjeuner dans un restaurant ayant pour clientèle des routiers. Le manager et les deux conducteurs s'installent à une table différente de la notre. Lorsqu'ils ont terminé ils sortent sans nous attendre. Sur l'addition qui nous est apportée leurs consommations sont comptées. Après hésitations (vu la modicité de la somme) nous réglons mais nous ne sommes pas satisfaits du procédé. 

  • A 16 heures  lors du déjeuner le manège recommence. Nous faisons part au manager de notre étonnement,ceci n'étant pas compris dans le contrat de location. Le manager prend à son compte son repas et celui des deux chauffeurs.
  • Rencontre de deux fous comme nous

La voiture termine une longue montée quand tout à coup Bernadette me signale un jeune couple d'européens arrêtés sur le coté de la route. Ils semblent en difficulté. Ils sont aussi à tandem et avec une...remorque. Nous demandons au chauffeur de stopper. Nous faisons la connaissance de Fabian CHARLES et de Diane GIFFROY. Ils sont belges. Ils sont fatigués et Fabian a mal aux genoux suite aux montées difficiles. Nous n'avons malheureusement pas de place pour les prendre avec leur matériel et nous le regrettons. Nous leur donnons rendez-vous à Panaji. En cas de problème qu'ils nous fassent signe sur internet. Le reste du trajet nous pensons souvent à eux.
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  • A la limite des états du Maharasthra que nous quittons et celle de l'état de Goa des policiers (de Goa) taxent le conducteur de quelques dizaines de roupies. Nous n'intervenons pas. De toutes façons, refusant le racket, nous n'aurions rien donné s'ils s'étaient adressés à nous.

A l'arrivée le conducteur principal nous facture 100 kilomètres de plus que n'en mentionne le compteur. Je rectifie. Par bonté je rajoute les 20 kilomètres qui ont été parcourus avant de venir nous prendre. Pour donner juste je fais l'appoint au restaurant de l'hôtel où nous descendons. Les procédés employés ne nous ont pas plu. S'ils avaient été plus corrects ils auraient reçu un substantiel pourboire (supérieur à l'arnaque qu'il voulait faire). Avant de le quitter je demande au manager s'il va chez son ami. Il répond évasivement qu'il va rentrer à Harihareshwar dès ce soir. Lorsque je dis cela à Bernadette nous réalisons qu'il pensait que nous allions l'héberger et le nourrir pendant son séjour.


  • Excellent le poisson

Pour nous remettre du voyage et des émotions nous allons dîner au restaurant. On nous suggère du baby shark Apparemment Bernadette n'a pas compris ce dont il s'agissait. Au cours du repas nous apprécions la chair qui a une certaine fermeté. Avant qu'elle ait terminé j'ai la maladresse de lui dire ce qu'elle mange. Dégoûtée elle s'arrête. Dommage...


  • 20 jours à Calangute près de Panaji

  • Calangute est une station balnéaire réputée aux longues et larges belles plages. Elle se trouve à une dizaine de kilomètres de Panaji la capitale du minuscule état de Goa, ancienne colonie portugaise. De nombreux hôtels, de toutes catégories accueillent des touristes venant de l'Europe, essentiellement de l'Europe du nord et de l'Allemagne. Les ressortissants de ce dernier pays sont vite repérés avec leur ventripotence et leur sans gêne, allant jusqu'à porter des strings qui ne cachent rien de leur anatomie. Cette façon de s'exhiber est mieux tolérée ici où les habitants sont pour l'essentiel chrétiens.
Pendant les trois semaines passées à Calangute nous sommes amusés par les variations de couleurs. Les séjours moyens sont de l'ordre de huit jours. Lorsqu'ils arrivent, les touristes sont d'un blanc laiteux. Le lendemain ils sont rouge écrevisse et grâce aux multiples couches de crème à bronzer, s'ils n'ont pas pelé, ils se trouvent presque marrons la dernière journée.

Les habitants de l'Etat de Goa sont différents des indiens des autres états. Les portugais qui ont séjourné ici pendant plus de cinq siècles ont laissés des traces, tant génétiques que culturelles. Cela se traduit par une gentillesse mêlée de nonchalance.

  • L'architecture est aussi portugaise. Des églises toutes blanches sont construites dans les villages mais on trouve des temples dédiés à diverses divinités ici et là. Panaji a été construite à la mode portugaise. Il s'y trouve comme dans toutes les villes maritimes un port important.


  • Bon anniversaire de mariage

  • Kévin, un ami de Jai Rao et son frère Andrew tiennent près de notre hôtel un restaurant. Dans l'après-midi du 10 décembre Andrew vient nous demander à quelle heure nous irons dîner. Nous répondons vers 20 heures.

Lorsque nous arrivons Kévin prend notre commande puis nous montre une table légèrement à l'écart. Celle-ci est dressée avec plus de soin que les autres. S'y trouvent un bouquet de fleurs et une bougie. Bernadette pense que je suis l'auteur de la commande. On nous apporte une bouteille de vin d'Afrique du sud qui se révèle excellent. Après l'entrée, des crevettes décortiquées à la mayonnaise (la seule chose que nous ayons commandé) c'est le grand show. Sur de grandes assiettes nous sont servies, à chacun, une énorme langouste. La tête et la queue dépassent de chaque coté. La chair est délicieuse. Des frites et du riz sont servis en garniture mais nous y touchons à peine. La surprise de Bernadette est complète. Nous terminons lorsque Kévin, le portable à la main, dit que nous avons un appel. C'est Jai Rao qui nous adresse ses félicitations pour nos 37 années de mariage. Il espère que nous passons une agréable soirée. Il demande à parler à "my wife". Il lui dit quelques mots dans un "franglais" difficile à comprendre mais où elle le sent heureux de cette surprise. Pour terminer le repas nous avons un gâteau (pour au moins six personnes) avec une bougie plantée en son milieu. Kévin traduit la pensée de Jai en disant que bien que nous soyons deux la bougie unique signifie que nous ne faisons qu'un. Les regards des autres clients sont tournés vers nous et lorsque Bernadette souffle la bougie des applaudissements résonnent.

  • De retour à l'hôtel j'avoue à Bernadette que j'étais dans le secret depuis notre visite chez Jai à Bombay. Il m'avait demandé une discrétion absolue pour que l'étonnement soit total. Cela a été une réussite.

  • 17 décembre - Fabian et Diane, les jeunes belges sont arrivés à Panaji hier. Ils viennent nous voir. Nous allons à leur rencontre. Au retour vers Calangute, nos deux engins attirent l'attention. Nous nous voyons régulièrement par la suite. Nous décidons aussi de reprendre la route ensemble.

En prévision de notre départ je commande chez un ferronnier des cadres métallique (selon mes plans) pour y poser des sacs sur l'avant du tandem. C'est rudimentaire mais efficace. Je fais aussi confectionner un support pour la roue de secours. Nous sommes parés pour aller à Calcutta.
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  • Noël

  • Nous avons prévu de passer Noël avec Fabian et Diane avant de partir de Goa. Pour l'occasion les parents de Diane sont venus en Inde. C'est donc à six que nous réveillonnons chez Kévin et Andrew. Le repas est agréable et les vins du Maharashtra font frétiller nos papilles. Andrew offre le Brandy. Vers 2 heures du matin lorsque nous quittons le restaurant il y a bien longtemps que les derniers autres clients sont partis.
  • Ou Bernadette se prend pour un oiseau

  • Depuis notre arrivée à Calangute nous voyons des parachutes ascensionnels tirés par des bateaux faire des aller et retour au large de la plage principale. J'en offre un tour en cadeau de Noël à Bernadette.  C'est un souvenir que nous n'aurons pas de difficulté à caser dans nos bagages.

Les rotations se font rapidement, aussi prépare-t-on les clients à l'avance. Pendant l'attente Bernadette est sereine. A peine accrochée c'est le départ. Comme elle est néophyte elle est accompagnée. Fabian et moi immortalisons l'évènement. Le bateau tracteur prenant rapidement de la vitesse elle est rapidement dans les airs. Bientôt avec son accompagnateur ils ne sont plus que deux points sous la corolle qui glisse au-dessus de la mer. Sur le retour Bernadette nous fait de grands signes. Elle semble très à l'aise. L'atterrissage se fait sans problème. Elle quitte les harnais en souriant. Le plaisir se voit sur son visage. Elle dit déjà qu'à la première occasion elle planera encore avec joie.
  • Départ de Calangute

  • Ce 29 décembre est beau et ensoleillé. La température de 20° le matin ne devrait pas trop monter. Au moment de quitter Calangute je constate que la chaîne posée hier s'enfonce de trop sur les dents des pignons. Je me résous à remettre l'ancienne chaîne que j'avais déjà jetée aux ordures. Par chance celles-ci n'ont pas encore été enlevées.

Nous arrivons à Panaji pour repartir avec Diane et Fabian avec un peu de retard. Nous disons au revoir aux parents de Diane qui rejoignent l'aéroport pour rentrer en Belgique puis nous prenons la route.

  • La remorque de nos compagnons est petite mais un gros sac et divers objets posés dessus l'alourdissent. Comme nous sommes plus légers nous préférons les suivre pour rouler à leur rythme.

Nous avalons les kilomètres mais nous sentons assez rapidement la fatigue nous gagner. L'arrêt de trois semaines plus les trois autres à Calangute ont ramollis nos mollets. Diane et Fabian devant nous peinent aussi mais semblent en meilleure forme. A 15 heures nous arrivons à Margoa. Nous trouvons un hôtel à peu près acceptable  (et encore) sur le bord de mer. Nous n'avons pas d'eau avant vingt minutes, les serviettes sentent mauvais, les draps sont changés à la demande de Bernadette et la poussière règne en maîtresse dans la chambre. Le prix 350 roupies (6,36 €).

  • Au restaurant où nous dînons nous faisons changer la nappe (laquelle était tachée de gras sur toute sa surface). A notre retour à l'hôtel il y a une panne d'électricité. C'est la bougie à la main que nous gagnons nos chambres.


  • De la Saint Sylvestre 2003 au Jour de l'An 2004

  • A Canacona le jour suivant après une journée sans histoire nous trouvons tout près de la mer, dans un ensemble de maisons basses, deux petites chambres. C'est rudimentaire, propre et pas cher (200 roupies). Nous décidons de rester deux jours.

Après une journée de baignade et de repos sur la plage nous allons dîner dans un des restaurants qui bordent la plage. En cette soirée de la Saint Sylvestre nous avons au-dessus de nous, comme toit, la voûte étoilée. Nos pieds sont sur le sable encore tiède. Sur la table des bougies placées dans de grands verres pour qu'elles ne soient pas éteintes par la brise. Le repas de poissons est accompagné de vin blanc. Autour de nous des pétards commencent à fuser. A minuit, nous nous embrassons en échangeant nos voeux. L'ambiance nous est particulière. Le ciel criblé d'étoiles, la brise du large qui nous caresse les visages, les pieds dans le sable, les cocotiers dont nous devinons l'élancement vers le ciel. Loin de nos familles, de nos amis, nous avons une pensée pour eux. La jeune Diane est émue. Les flammes des bougies dansent dans l'humidité de ses yeux. Son émotion nous gagne.

  • Le 1er janvier après un vote à mains levées (je suis le seul à vouloir rouler) nous nous octroyons une journée supplémentaire de repos.


Nous partons à l'aube pour profiter de la fraîcheur. A la sortie du village un homme traie sa vache dans la cour de sa maison. Il lui rendra la liberté après pour la journée.

  • A la limite de l'Etat de Goa et de celui du Karnataka des policiers nous font un peu ralentir mais n'osent pas nous demander quoi que ce soit.

Il est midi lorsque nous arrivons à Karwar. La ville n'est pas bien grande bien qu'elle ait le statut de chef lieu d'arrondissement. C'est sale et laid. Sur le bord de la route principale de nombreuses boutiques sont ouvertes. Il y a peu d'hôtels. Le plus luxueux est au confort relatif. Bernadette et moi nous y prenons une chambre. Fabian et Diane au budget plus serré prennent une chambre dans un lodge rudimentaire.

  • Contrairement à Goa nous ne rencontrons plus d'européens (même dans les zones touristiques). La visite à l'intérieur de la ville n'efface pas la mauvaise impression de l'arrivée. En soirée nous dînons tous les quatre au restaurant de notre hôtel. Malgré les recommandations de Diane la cuisine lui est servie comme à nous, très épicée.
  • Où Fabian et Diane passent par dessus leurs guidons

  • Au départ malgré une belle montée tout va bien. Nous restons derrière nos compagnons pour rouler à leur vitesse. La route redescendue en plaine nous nous plaçons devant pour les entraîner dans notre roue. Lors d'une nouvelle montée nous prenons de l'avance. Au col je souhaite attendre mais à la demande de Bernadette nous nous laissons glisser doucement en serrant les freins. A nouveau dans la plaine nous sommes surpris de ne pas voir Fabian et Diane arriver. Deux ou trois voitures en nous dépassant nous klaxonnent et nous font des gestes. D'une quatrième on nous crient "your friends have an accident and the woman is injuried". En deux secondes notre tandem a fait demi-tour. A un peu plus d'un kilomètre, presque en bas de la descente, nous voyons le tandem et la remorque garés sur le coté. Fabien est debout et a les coudes rouges. Diane est allongée. Bernadette la rassure tout en examinant ses ecchymoses. Rien de grave mais un choc psychique. Nous cherchons de l'aide parmi les automobilistes. Deux hommes s'arrêtent. Après palabres ils vont chercher un docteur. Un quart d'heure plus tard ils reviennent avec un homme qui, un attaché-case à la main, prétend être docteur. Ses premiers gestes sont maladroits. Il est visiblement impressionné de toucher une européenne. Bernadette surprise de ce comportement lui demande en le regardant bien dans les yeux s'il est bien docteur. De son attaché-case l'homme sort un tissu (qui a perdu son blanc d'origine) pour éponger le sans qui s'est répandu sur le bras de Diane. L'aspect douteux du chiffon provoque chez Diane un geste de refus. Comprenant qu'il est d'aucune utilité le docteur s'en va ramené par les deux hommes qui l'ont transporté. Deux camionneurs proposent gentiment leur aide. Ils apportent leurs bandes. Nous ne les prenons pas tellement elles sont souillées par le gas-oil. Nous remercions vivement de leur amabilité. Ils nous quittent à leur tour.

  • Il y a plus d'une heure que la chute est arrivée lorsqu'arrive la police. Le brigadier, chef de la police d'Ankola s'est déplacé en personne. Il passe deux ou trois coups de téléphone. Arrive peu de temps après une ambulance avec un médecin (féminin) et une infirmière. L'équipement est succinct, brancard rigide, pas d'oxygène, pas de médicaments de première urgence. Un rickshaw avec plateau a été aussi réquisitionné pour transporter le tandem et la remorque de nos jeunes amis. Pour nous il reste 13 kilomètres à faire avant d'arriver à Ankola. Nous partons, les curieux aussi.

Ankola est identique aux autres villes. Elle dispose le plusieurs hôtels. Le Surya est le "must" de la ville (bien qu'il soit très moyen). Le brigadier l'a indiqué, un peu comme résidence obligée pour des européens. A son arrivée Fabian nous a réservé une chambre.

A notre arrivée nous cherchons ou sont Diane et Fabian. Nous les trouvons à l'hôpital public (que tout le monde peut fréquenter à condition de pouvoir payer). Les examens ont décelé une fêlure à un bras et un plâtre lui a été posé. A notre arrivée Fabian est à régler les frais. Nous ne nous attardons pas. C'est sinistre.


  • Nouveau départ que tous les deux

  • Quatre jours après notre arrivée à Ankola Bernadette et moi après concertation avec Fabian et Diane décidons de continuer la route seuls. Ils nous rejoindront avec un véhicule de location lorsque Diane sera en mesure de remonter sur le tandem.


  • Ankola - Mangalore

  • Il nous faut quatre jours pour faire les 192 kilomètres d''Ankola à Mangalore.

Les seuls tracas que nous avons eu  ont été de trouver des chambres propres et de nous restaurer correctement.


  • Mangalore

La ville est importante. Les hôtels sont nombreux mais pour la plupart de piètre qualité. Un récent paraît acceptable. Nous négocions le prix qui descend de moitié.

  • Les repas sont pris au restaurant de l'hôtel. Le service est déplorable. Deux fois sur trois Bernadette n'est pas servie  alors que j'ai terminé. Les serveurs sont d'une bêtise à faire pleurer. Lorsqu'ils vous apportent une bière ou une bouteille de vin ils demandent s'ils doivent l'ouvrir. Je réponds invariablement "it's more easy for drink". Je reçois en retour un balancement de la tête de l'indien (qui chez nous signifierait ni oui, ni non).

Dans l'après-midi Diane et Fabian nous rejoignent. Ils ont loué un 4X4 pour les transporter avec leur matériel. Le conducteur leur demande une rallonge sur le prix. Il n'a rien de plus que ce qui était prévu.

  • Ne trouvant rien de particulièrement intéressant à Mangalore nous décidons de reprendre la route au plus tôt. Bernadette et moi aurions souhaité descendre jusqu'au Kérala mais les trois semaines à Harihareshwar ont grevé une partie des six mois de visas valables en Inde.  Nous optons avec Diane et Fabian de prendre un train pour Pondichéry. (Diane ne se sent pas encore capable de monter sur tandem).

Les formalités à la gare de Mangalore sont longues. La ligne que nous voulons prendre est en travaux et ne rouvrira que dans... 5 ans. Une autre ligne descend plus au sud mais elle s'arrêtera à Salem. Nos tandems et la remorque voyageront dans un fourgon. Le départ est prévu pour demain soir.

  • 13 janvier à 17 heures. Nous sommes à la gare avec les matériels. Le départ est prévu vers 20 heures (un peu avant ou un peu après).

Lorsque le train arrive nous voyons une marée humaine se diriger vers les wagons. Nos places en 1ère classe sont réservées mais pour les autres classes les places sont à ceux qui y arriveront les premiers. Les fenêtres de ces wagons sont dépourvues de vitres (et de climatisation), de solides barreaux les remplacement pour empêcher les passagers d'entrer et de sortir par ces endroits. Il est facile d'imaginer comment les secours travaillent en cas d'accident.

  • Pendant que Fabian, Diane et Bernadette montent avec les bagages dans la voiture où nous avons nos réservations je surveille l'embarquement des deux tandems et de la remorque. C'est une sage précaution car la façon dont les coolies chargent les matériels m'oblige à prendre les affaires en main. Sachant que de nombreux paquets seront enlevés et ajoutés entre Mangalore et Salem je ne me fais pas d'illusions.


  • Voyage Mangalore - Salem - en train

  • Nos bagages rangés sur des couchettes nous avons encore de la place. Près de nous un couple indien avec leur fille. Le train est parti depuis une demi-heure lorsque Bernadette se lève pour chercher quelque chose dans son sac. La jeune femme indienne en profite pour faire pivoter la couchette intermédiaire. Bernadette est dans l'impossibilité de se rasseoir. De plus, la femme la plus âgée veut absolument occuper la deuxième couchette du bas alors que son mari occupe celle d'en face, ce qui obligerait Bernadette, Diane et Fabian à se coucher immédiatement ou à rester debout. Une discussion s'engage dont vient se mêler (opportunément le contrôleur). Les indiens aiment les palabres. Le contrôleur, brave homme, finit par trouver une solution. Des places correspondant au couple et à leur fille sont trouvées un peu plus loin. Nous voici avec trois places supplémentaires. Nous nous empressons de les occuper avec nos sacs.

La nuit est entrecoupée par de nombreux réveils mais bercés par le train nous nous rendormons. 

  • J'ouvre les yeux bien avant 6 heures. Bernadette, Diane et Fabian semblent dormir profondément. L'aube approche. Les palmiers qui bordent la voie lancent leurs ombres en direction du train puis disparaissent pour être remplacés par d'autres. Avec le jour naissant des petites nappes de brouillard se forment. Nous sommes sur le plateau central. Il y a ci et là des cultures mais de grandes étendues sont en friche. L'habitat est précaire. rapidement le brouillard se dissipe et le soleil brille. Une belle journée s'annonce.

A la gare de Salem c'est l'effervescence. Les passagers descendus sont vite remplacés. Je vais rapidement vers la queue du train pour prendre livraison des deux tandems et de la remorque. A mon arrivée ils sont déjà sur le quai.

  • En ville nous trouvons un hôtel propre à un prix raisonnable. Le patron demande à être réglé d'avance. Son attitude désagréable me met en colère (s'y ajoute certainement la fatigue du voyage) d'autant qu'il coupe l'électricité. Bernadette conciliante paie la première nuit mais comme il ne rétablit pas le courant dans la chambre de Fabian et Diane le ton monte. Se sentant menacé l'homme fait appel à la police. Je décide, non par crainte mais vu les procédés employés de partir. Nous sommes à enlever nos affaires lorsque la police arrive. Comme elle n'a que la version de l'hôtelier elle en prend le parti. Notre argent récupéré nous partons. Dans l'instant qui suit je regrette de m'être emporté. Diane et Fabian je le sens avaient trouvé dans cet hôtel un prix à leur convenance. Nous trouvons plus loin un hôtel presque au même prix mais beaucoup moins bien (il n'y a pas d'eau chaude et c'est vieux). Nos jeunes amis s'y installent. Nous trouvons à quelques centaines de mètres un hôtel étoilé à 700 roupies (c'est dans notre budget).


  • Salem

  • La ville est importante. La cathédrale est simple et propre (il y aurait dans la ville de nombreux catholiques). En plus des statues des saints traditionnels certains sont locaux comme cette vierge noire qui fait l'objet d'un culte particulier qui est très décorée et fleurie. Sur le parvis de nombreux mendiants tendent la main. On ne peut nous semble--il être plus pauvres. Malheureusement nous n'avons pas de monnaie.


  • Des toilettes communes en plein air

  • Un moment nous descendons du trottoir qui se trouve être le lieu où l'on vide ses intestins le matin (à la vue des autres passants). Sur une longueur de trente mètres environ les excréments pointent vers le ciel. Certains sont vieux de plusieurs jours, d'autres frais du matin.
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  • En route pour Pondichéry

  • Nous quittons Salem seuls. Diane et Fabian nous rejoindrons à Pondichéry en véhicule. Le jour se lève à peine que nous sommes déjà dans les faubourgs. Les petits marchands commencent à s'installer, des hommes avec un tracteur et une remorque ramassent les ordures (en laissant la moitié retomber au sol). Les bus crachant de la fumée noire amène les gens de la campagne, des hommes accroupis font leurs besoins sur le trottoir.

La route est pleine de gros trous. Il faut faire attention pour ne pas abîmer le tandem. Jusqu'à Attur c'est sans amélioration. La traversée des villages se fait au son de la musique et de commentaires tonitruants. Ce n'est pas pour nous mais pour fêter le Nouvel An Tamoul. Il y a beaucoup de gens dans les rues et nous devons faire très attention (pour eux). Nous sommes beaucoup amusés de voir  les animaux peints (pour la fête), en rose, vert ,bleu ou jaune. Les vaches, chèvres, brebis, truies... tout ce peut être peint l'est. Des étals de boucherie sauvage où la viande est couverte de poussière que font voler les voitures, camions et bus vont permettre exceptionnellement à des familles de manger un peu de viande.

  • A Attur nous trouvons un hôtel pas vraiment propre mais nous n'avons pas le choix. Le prix est de 200 roupies (3,64 €). Il y a la télévision indienne mais la douche est froide. Un robinet à l'extérieur permet de puiser de l'eau chaude avec un seau.


  • Attention les murs ont des oreilles.

  • Nous allons déjeuner dans le meilleur restaurant de la ville (très moyen en l'occurrence). Nous discutons sans trop nous soucier des autres personnes persuadés que personne ne nous comprend. Près de nous un homme, seul à table, s'adresse subitement à nous en français. Il est de Pondichéry. Il va à Bengalore pour une réunion administrative. Nous échangeons quelques phrases. Nous sommes invités à venir le voir chez lui pendant notre séjour dans l'ancien comptoir français. Lorsqu'il sort nous nous félicitons de n'avoir pas dit de mal des indiens en sa présence.


  • Difficile de trouver plus sale

  • Kallakkurichchi à 50 kilomètres d'Attur n'a pas d'hôtel. Nous continuons jusqu'à Ulundupettai 39 kilomètres plus loin. Dans la ville nous ne trouvons rien. Il nous est signalé un hôtel restaurant à un kilomètre après la sortie de la ville.

"L'hôtel Tamil Nadou" a des chambres et un restaurant. La visite des chambres me laisse perplexe. C'est plus que sale. Les draps ont déjà servi. Il n'y a pas de serviettes de toilette. La pomme de douche est manquante. Le tuyau d'évacuation du lavabo est aux abonnés absents (l'eau tombe sur les pieds lorsqu'on ouvre le robinet). Après concertation nous décidons de rester ne sachant pas si nous trouverons quelque chose plus loin.  Les draps sont changés, les serviettes apportées. Par bonheur la douche est chaude. Si nous ne touchons pas aux murs cela devrait aller.

  • Propres nous descendons pour déjeuner. Les 90 kilomètres nous ont mis en appétit.

  • Le restaurant est un "vrai poème". Comme il n'y a pas de table libre nous regardons autour de nous. Le service se fait dans des plateaux alvéolés. Les indiens mangent avec leurs doigts (main droite) comme il est de coutume. Ils dispersent des grains de riz tout autour d'eux, sur la table mais aussi sur le sol. Leurs bouches grandes ouvertes laissent voir le masticage. Les serveurs ont des tenues tachées, du noir suspect sous les ongles. Les deux pièces du restaurant ne semblent pas avoir été nettoyées depuis des lustres. Les parties proches des murs ont de la crasse, de la graisse et des...toiles d'araignées. Les plafonds sont noirs et moisis. Les tables sont nettoyées avec un chiffon sale et gras ou se collent à chaque geste des grains de riz et de la sauce. Le serveur pour mieux lustrer la table sort un deuxième chiffon (sans doute blanc à l'origine) assèche le formica et d'un geste rapide  enlève les grains de riz qui sont restés collés au tissu des chaises. Dans ce haut lieu de la gastronomie indienne où la clientèle pète, rote, se racle la gorge pour mieux envoyer un crachat sur au sol, nous commandons deux portions de poulet au riz. La crainte nous prend qu'elles ne viennent des restes des assiettes des clients précédents. Au service nous avons deux maigres morceaux de poulet trempant dans une sauce (sans doute du curry à moins que ce soit de l'eau de vaisselle) et deux petits plats de riz blanc. Nous demandons le retour du poulet (au curry) pour du poulet rôti. Deux os nous sont servis avec un peu de chair (non pas rôti mais passé dans de la friture). Bernadette dégoûtée par ce qu'elle voit et l'apparence de la viande refuse de manger. J'ai faim. Je me force à avaler ma ration, celle de Bernadette ainsi qu'une portion de riz. Bernadette le ventre creux remonte dans la chambre. Je vais lui acheter des gâteaux à un petit kiosque qui se trouve dans la cour de l'hôtel.

Comme si la crasse n'était pas suffisante une coupure de courant (ce qui est fréquent en Inde) suivie d'une surcharge (le groupe électrogène de l'hôtel ne s'étant pas arrêté à la reprise du courant) grille le transformateur de notre ordinateur.

  • Nous repartons très tôt de cette hôtel immonde. Les camions et les bus sont nombreux. Déjà depuis une demi-heure de route nous avons été obligés deux fois de nous jeter dans le fossé sans quoi nous aurions été écrasés. La dernière fois la canne (pour les chiens) et le rétroviseur de Bernadette ont été déplacés.  La peur, les jambes en coton, nous reprenons nos esprits arrêtés sur le bord de la route. Remis de nos émotions nous repartons dix minutes plus tard. Bernadette pour écarter les chauffards fait de grands gestes. Cela ne marche pas à tous les coups.

A Vilupurnam nous trouvons un hôtel récent et propre (dommage que les cuisines soient placées dans les étages inférieurs).
  • Nous allons dans un restaurant qui se veut chic (c'est climatisé, les fenêtres sont obstruées par d'épais rideaux). Une chiche lumière nous permet tout juste de voir ce que l'on mange. Agacée par les conversations bruyantes de quatre hommes qui se trouvent près de nous Bernadette leur demande de se comporter plus civilement. Ils n'ont pas compris la remarque (dite en français) mais se taisent. Qu'une femme se soit adressée à eux avec autant d'aplomb doit les dépasser.

Partis avant le jour nous arrivons à Pondichéry à 10 heures. En bordure de mer nous nous reposons avant de nous mettre en quête d'un hôtel.

  • Nous devons vite nous rendre à l'évidence, ce n'est pas plus brillant (sans jeu de mot) ici que dans l'intérieur. Les façades sont souvent belles mais dès la porte passée c'est la crasse.  Nous vexons un hôtelier par nos remarques lui qui pense que son établissement est le meilleur de la ville.

Un homme à moto se présente comme journaliste. Préoccupé par nos problèmes nous répondons sans chaleur à ses questions. Une photo prise il nous quitte.

  • De retour sur la promenade du bord de mer nous sommes abordés par un européen à scooter. Il se présente comme le vice-consul de France. Aimablement il nous indique un restaurant pour déjeuner puis dit trouver une réponse à notre problème d'hébergement.

Alors que nous déjeunons un pondichérien français vient nous voir. Il dit avoir été contacté par Pierre Blondel le vice consul. Il nous propose une chambre dans son guest house.

  • Le "guest house" se trouve dans les quartiers indigènes mais la porte de la cour franchie c'est un autre monde. Derrière les hauts murs se trouvent la maison d'habitation du propriétaire, un jardin et quatre chambres récentes, parfaitement tenues. Il n'y a pas de bruits. Nous sommes ravis de nous installer là.

En fin d'après-midi alors que nous retournons en ville nous passons devant un ensemble hôtelier appartenant à l'état pondichérien. Nous y apercevons Diane et Fabian qui viennent juste d'arriver de Salem en 4X4.


  • Pondichéry

  • 15 jours à Pondichéry nous permettent de retrouver un peu d'atmosphère française de l'outre-mer bien que l'indépendance, vieille de cinquante ans, ait occultée une grande partie de notre culture. Restent toutefois des restaurants, des statues dans les jardins publics de nos grands hommes (Dupleix) et de nos grandes femmes (Jeanne d'Arc), les monuments aux morts (spécificité française), les quartiers européens du comptoir séparés de la partie indigène par le canal (un ruisseau nauséabond), des librairies, le palais du gouverneur devenu la résidence du chef de l'état de Pondichéry. La langue française est parlée dans peu de commerces l'anglais la supplantant. Les pondichériens de nationalité française eux mêmes parlent peu ou pas le français.
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  • Le dîner au consulat

  • Lors de notre présentation au consulat de France, tant pour faire connaître notre présence que pour remercier le vice consul de son aide pour le logement, nous sommes invités par le consul et son épouse à venir dîner le lundi suivant. Diane et Fabian qui nous accompagnent sont également conviés.

Au cours de l'apéritif qui précède le dîner la discussion porte évidemment sur l'Inde et ses habitants. Les avis sont partagés quant à la pauvreté, les plus nantis d'entre nous (se trouvent présents, le consul, le vice consul et leur épouses, un couple d'amis du vice consul et nous quatre) disant que la pauvreté est plus apparente que réelle. Bien que courtois le ton de la conversation s'élève. Bernadette exaspérée par tant de cynisme retient difficilement ses observations. L'invitation à passer à table vient à point nommé pour détendre l'ambiance. Bernadette et moi sommes placés face au consul. Le repas se passe mieux que l'apéritif mais les propos tenus sont parfois burlesques à l'exemple de la femme du consul qui affirme sans se départir avoir roulé (en Mercédès) sur une route couverte de neige jusqu'à ne voir que le haut des poteaux téléphoniques. Nous quittons nos hôtes avec l'impression d'une soirée très banale au cours de laquelle heureusement nous avons très bien dîné en buvant de bons vins.


  • Auroville

  • A une quinzaine de kilomètres de Pondichéry se trouve un quartier ou se regroupent les adeptes d'une communauté dite d'auroville. Crée dans la première moitié du XXème siècle elle rassemble des européens mais aussi des indiens imprégnés de mysticisme. Le grand rêve du fondateur et de ses disciples de créer là une grande famille ne s'est pas vraiment réalisé. Le look des aurovilliens est calqué sur les années 70. Certains et certaines d'entre eux sont là depuis vingt à trente ans. Ils ont diverses activités, boulanger, tisserand, garagiste, peintre sur soie etc...


  • Direction Chennai (Madras)-

  • Lorsque nous avons dit au revoir à nos jeunes amis belges nous étions tous les quatre émus. Nos routes se séparent à Pondichéry. Nous allons vers le nord ils descendent vers la pointe sud du pays.

  • 6 heures 15 - la circulation est fluide. Nous sortons sans peine de Pondichéry. La route longe la mer ou s'en éloigne peu. Les mouvements de terrain sont quasi inexistants.  Aux environs de Mamallapuram des panneaux indiquent des hôtels. L'un porte la même enseigne que celui de Ulundupettai. Il est moins sale mais vétuste. Nous continuons. Nous faisons bien puisqu'un kilomètre plus loin se trouve un grand complexe hôtelier avec piscine, terrains de jeux, plage, boutiques...Les chambres sont simples et propres. Il est 16 heures. Nous déjeunons puis allons faire un tour sur le bord de mer avant de rentrer dans la chambre et de nous reposer.


  • Chennai

  • Nous arrivons à Chennai trempés de sueur. Un fort taux d'humidité règne dans l'air. Il est presque midi lorsque nous sommes près du centre ville. Un hôtel récent, un peu cher mais avec TV5 a des chambres bien tenues. Après une douche bienfaitrice nous déjeunons en "service room".

  • Chennai ne diffère pas des autres villes indiennes. On y trouve la multitude de mendiants, hommes, femmes et enfants. Certains sont de véritables loques humaines, tel cet homme dans la trentaine, les jambes gonflées qu'elles semblent prêtes à éclater et accroupi sur le trottoir. Il s'épanche d'un superbe colombin tout jaune mais il n'oublie pas de tendre la main en continuant son affaire. Devant ce spectacle Bernadette est au bord de la nausée.

Lors d'une promenade au bord de la mer, nous sommes comme au spectacle, mais plongés au milieu de la scène. Ici, ce sont les commerçants ambulants qui proposent des boissons, là d'autres sur des étals de  fortune vendent des ananas épluchés, de gros cornichons en tranches et des fruits de saisons. La clientèle guère plus riche que les vendeurs se donne ainsi de petits plaisirs en se promenant. A coté, toujours les mendiants, reçoivent une pièce ou un morceau de fruit. De loin en loin des puits permettent aux femmes de puiser de l'eau et de laver leur linge. Un moment incommodés par une fumée qui sort de derrière de maigres arbustes nous voyons en passant un homme griller sur un feu de bois les poils d'un chat (la bête est toute gonflée). Près de lui une femme et une enfant regardent le spectacle se délectant à l'avance à l'idée qu'elles vont ce soir manger de la viande. Plus loin nos narines sont agressées par une forte odeur d'égout. C'est le lit d'une rivière qui est aux deux tiers encombré d'une boue noire et épaisse. L'eau qui s'écoule vers la mer a la couleur du charbon. De retour à l'hôtel nous prenons un apéritif et commandons le dîner en service room. Nous essayons d'oublier la famille au chat.
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  • 11 février 5 heures - Nous prenons le petit déjeuner ans notre chambre préparé par nos soins. Il nous donne plus de satisfaction que ceux de l'hôtel où il manque toujours quelque chose, thé, beurre, confiture... Lorsqu'on fait une réclamation ou vous dit respectueusement "Yes sir"  mais la suite n'est jamais mieux.

Le jour ne pointe pas encore lorsque nous partons. Le personnel de l'hôtel est sorti pour nous dire au revoir. Par sécurité Bernadette a mise sa ceinture réfléchissante et clignotante. Nous prenons le bord de mer en direction du nord.

  • Les maisons de faubourgs sont en terre avec des toits de palmes. Des rigoles drainent les eaux usées noires. Des gens n'ont même pas ces modestes abris, ils dorment dehors à même le sol. Un couple avec un bébé ouvre les yeux sur une nouvelle journée de misère.

Sur une dizaine de kilomètres des usines pétrochimiques et chimiques polluent l'atmosphère. L'air est presque irrespirable. Entre les usines continuent  les misérables baraques. Y logent les ouvriers et leurs familles (surexploités par des groupes internationaux propriétaires des entreprises).

  • Nous comprenons rapidement que nous nous sommes trompés de route. Nous ne trouvons personne pour nous renseigner ou alors les indications sont contradictoires. Dans une station service, on m'explique à force de gestes, la bonne direction pour rejoindre la route principale. Lorsque nous y arrivons nous voyons un panneau qui indique Chennai 32 kilomètres. Nous en avons fait 60 depuis notre départ.

Au 73ème kilomètre nous voyons un "lodge". C'est le seul du village. La visite de la chambre amène les mêmes remarques qu'ailleurs. Nous faisons nettoyer, changer les draps etc... Le logeur dit ne pas fournir de serviettes. Je me fâche. Un employé est envoyé en acheter deux. Les prétentions du logeur sont ramenées de 500 à 300 roupies ce qui reste beaucoup.

  • Nous dédaignons pour le déjeuner la proposition du logeur qui tient aussi un minuscule restaurant. Nous trouvons plus loin un autre endroit plus fréquenté et mieux équipé. Ce n'est pas Maxim's. Les clients indiens n'ont pas d'assiette. La nourriture (pour l'essentiel du riz avec de la sauce) leur est servie à la louche sur des feuilles de bananier découpées. Les menus sont mentionnés sur un tableau (en tamoul). Le patron très obligeant, avec quelques mots d'anglais, nous propose du riz blanc, du poisson frit et de l'eau minérale. Des sauces, toutes pimentées, complètent le menu. Ce n'est pas mauvais. Nous mangeons à notre faim et buvons à notre soif pour 70 roupies (1,27 €). Pendant tout le service, le garçonnet chargé du nettoyage des tables mais aussi les autres clients nous regardent manger. Nous avons des assiettes, des cuillères, des fourchettes et des verres (eux mangent avec leurs doigts  et boivent dans des gobelets métalliques). Bernadette un peu agacée par cette insistance à nous regarder ne peut s'empêcher de leur expliquer, gestes à l'appui des paroles, qu'à part les couverts nous mangeons comme eux (peut être plus proprement). En réponse elle reçoit des balancements de têtes et des sourires. Il n'est pas sûr qu'ils aient compris.

Le soir nous sommes reçus comme des habitués; Un homme près de nous se nettoie les oreilles tout en nous regardant. Bernadette fait le même geste. Il sourit et continue. En fin de repas Bernadette va se laver les mains au lavabo. Il n'y a pas de robinet mais un bidon plastique dont on a enlevé  la partie supérieure. Un gobelet sert à prendre l'eau. Sans torchon pour s'essuyer elle revient à la table les mains humides.  Un serveur se précipite, une feuille de papier journal découpée en deux et lui en présente une moitié. Elle avait les mains presque propres. Maintenant c'est moins sûr.


  • de Kavaraipettai à Sullurpet

  • Après la chaussée déformée et une dizaine de kilomètres de travaux nous roulons sur une deux fois deux voies. La circulation est anarchique. Aucun véhicule ne fait attention aux sens de circulation. Bus, camions, autos mais aussi motos et vélos roulent parfois à contre sens sur les deux voies. Ils se paient même le culot lorsqu'ils arrivent en face de nous de nous klaxonner pour que nous nous rangions.

Alors que le soleil chauffe fort et que nous n'avons pas un coin d'ombre une patte du porte bagages se brise et bloque la roue libre. Je réussis à faire une réparation de fortune. Curieusement pendant la réparation personne n'est venu près de nous et pas un véhicule ne s'est arrêté en voyant les bagages étalés sur le sol. La solidarité en Inde est à inventer.

  • A Sullurpet nous trouvons pour 200 roupies un "lodge qui après un coup de chiffon est correct. La douche est froide mais le patron nous fait porter 40 litres d'eau chaude.

Le déjeuner est végétarien. Aucun restaurant de la ville ne fait de plat de viande.

  • Pendant nos déplacements nous faisons la curiosité des indiens qui s'interpellent pour signaler la présence de deux européens.

Une soudure est faite au porte bagages. Nous espérons que cela tiendra...


  • Scènes de vie

Entre Sullurpet et Nellore les paysages sont fait de savane ou poussent de maigres arbustes. S'y trouve ci et là, en fonction de l'irrigation, de petites rizières. Certaines de ces parcelles sont coupées à la faucille par les paysans. Les coupeurs sont suivis des ramasseurs qui regroupent les tiges et font des petits tas. Nous songeons à nos grands parents qui agissaient de même en coupant les blés. Dans d'autres endroits on bat le riz. Pour que les grains soient plus facile à ramasser les paysans travaillent sur des bâches. Lorsque cet accessoire leur manque ils battent carrément sur la route. Pour sortir les grains de leurs bogues les tiges sont prise par la base et frappées violemment sur le sol.


  • Nellore

  • C'est épuisés que nous arrivons à 14 heures à Nellore. Un indien à moto nous guide vers un hôtel 3 étoiles. C'est le meilleur de la ville. Malgré sa catégorie nous constatons de nombreux petits manquements mais nous ne faisons pas les difficiles. Nous essayons seulement de faire changer le dessus de lit qui est tâché. Le garçon d'étage enlève carrément la pièce d'étoffe et la fourre pliée en quatre dans un placard... voilà, le travail est fait. 

Nous restons deux jours à nous reposer. Le restaurant de l'hôtel est sous forme de buffet. Les choix sont variés. Cela nous change des gourbis des derniers jours.

  • En ville les mendiants semblent particulièrement attirés par nos peaux blanches. Ils viennent en multitude tendre la main. Ils nous suivent avec insistance en nous tapotant les bras et demandant de l'argent d'une voix plaintive. Des infirmes, réels ou supposés, sont poussés dans de petits chariots touchant presque le sol. D'autres (on ne peut douter là de leur état) n'ayant que des moignons à la place des mains tiennent comme ils le peuvent leurs sébiles. Des femmes avec des enfants en bas âge tendent aussi la main en montrant l'enfant et faisant comprendre que c'est pour acheter du lait. Des vieux et des vieilles décharnés (qui ne doivent pas manger tous les jours) nous laissent entendre une sorte de plainte. Ces pauvres vont et viennent d'un bord à l'autre  de la rue en demandant aux boutiquiers une pièce ou de quoi manger. Nous les voyons lorsque l'aumône ne semble pas suffisante faire la grimace. Nous donnons aussi quelques pièces mais notre stock de monnaie est vite épuisé. Pendant les deux tiers de notre promenade, un enfant d'une dizaine d'années marche auprès de nous. Il ne dit rien et ne demande rien. Il fait semblant de nous accompagner et en tire apparemment une certaine fierté. Un moment nous faisons demi tour. Il n'ose pas suivre mais nous le voyons déçu de ne pouvoir continuer avec nous.


  • Jour d'élections

  • Dimanche 15 février on vote pour élire des députés. Il nous revient à l'esprit une phrase de notre logeur de Pondichéry qui nous avait dit au sujet des élections que les voix sont le plus souvent achetées. "Tu votes pour moi, tu as 100 roupies". C'est ça la nouvelle démocratie.
  • Le service à table dans un restaurant 3 étoiles

  • Dans les petits restaurants il n'y a pas d'étiquette mais dans les hôtels restaurants réputés les règles de service peuvent surprendre les occidentaux.

  • L'homme est tout, la femme n'est rien.
En certains endroits nous avons eu l'occasion de relever certaines scènes.
A Nellore, compte tenu du rang de l'hôtel, le savoir vivre indien est plus perceptible. On peut citer quelques points

1 - L'homme passe toujours une porte devant la femme,
2 - A table, le serveur déplie la serviette de l'homme et lui pose sur les genoux. La femme peut attendre rien ne sera fait pour elle.
3 - L'homme est servi en premier. Il a souvent terminé lorsque la femme est servie.
4 - S'il y a des enfants l'homme mange. La femme fait manger les enfants. Elle se dépêche ensuite pour ne pas faire attendre l'homme.
5 - L'homme va boire au bar.. La femme retourne dans la chambre
6 - Si aucun porteur n'est disponible les bagages sont portés par la femme. L'homme avance devant les mains libres.


  • La route continue

  • Après Nellore nous passons Kavali, Ongole, Chilakaluripet, Geuntur où nous faisons haltes et où les hôtels, les villes, ressemblent à du déjà vu.

  • Vajayawada n'est pas une ville comme les autres. Son centre est propre avec des immeubles cossus et parfaitement entretenus. Elle possède plusieurs hôtels de confort mais le "D.V. MANOR" les dépasse tous en qualité. Ses 5 étoiles ne sont pas usurpées. Il est à mille et une lieues des lodges crasseux que nous fréquentons le plus souvent.

Nous apprécions tellement son confort que nous restons trois nuits au D.V. MANOR HOTEL.

  • Lorsque nous reprenons la route ce n'est que dans les faubourgs que nous retrouvons la crasse et la misère. Nous avions presque oublié les gens qui dorment au sol sous des bâches et qui font leur cuisine dans des marmites aux culs noirs posées sur trois pierres. Nous avions aussi perdu de vue ces enfants en haillons qui jouent au bord des caniveaux aux eaux noires. Nous avions perdu de vue encore ces autres enfants qui travaillent 15 heures par jour dans les restaurants, boutique et ateliers... Rien de tout cela n'était visible dans la ville de Vajayawada.

Entre Vajayawada et Eluru nous voyons moins de rizières. Des champs de cannes à sucre s'étirent jusqu'à l'horizon. De nombreux transports du camion au char à buffles emmènent les chargement à l'usine.

  • A Eluru, lorsque nous quittons le lodge infâme ou nous avons eu une chambre crasseuse le réceptionniste a le toupet d'envoyer un sous fifre vérifier si nous n'avons rien emporté.


  • Où l'on décide de prendre le train pour Calcutta

  • Devant la monotonie de la route qui s'annonce et les 1400 kilomètres qui nous restent avant d'atteindre Calcutta (nos visas risquent d'expirer avant que nous ayons atteint la capitale du Bengale) nous décidons de prendre le train.

A Tanaku nous délaissons Le Palace qui est pire qu'une soue à cochons pour un lodge sans prétentions qui a le mérite d'être propre.

  • Nous allons à la gare pour réserver des places mais après bien des palabres nous comprenons qu'il ne nous sera pas possible de faire embarquer de cette gare le tandem. On nous dit d'aller à la ville voisine, Nidadavole, qui a une gare plus important et où plus de trains arrêtent.


  • Dégoûtés

  • La journée s'annonce belle. La température du matin 23° commence à monter mais les brumes matinales nous gardent encore un peu de fraîcheur.

A la sortie de Tanuku nous longeons un canal aux eaux polluées par les effluents venant des villages. Aux abord de ceux-ci et en rase campagne nous sommes obligés de faire attention de ne pas rouler sur les excréments humains encore fumants qui exhalent des odeurs peu agréables.  Compte tenu de l'heure nombreux sont ceux qui n'ont pas encore terminé ou qui commencent à peine à se vider les intestins, les pieds au bord du bitume ou sur celui-ci lorsqu'ils n'ont plus de place entre les merdes pour les poser.  Dégoûtés, oui nous sommes dégoûtés.

  • A la gare de Nidadavole le problème est le même qu'à Tanuku. Nous devons continuer jusqu'à Rajahmundry. Heureusement seulement 20 kilomètres nous séparent de cette ville. En cours de route on nous salue mais avec curiosité. Un superintendant des douanes qui voyage en voiture officielle avec sa femme fait stopper son chauffeur pour nous adresser ses félicitations et nous fait perdre un quart d'heure en plein soleil. A plusieurs reprises, comme bien souvent, nous faisons écarter les cyclistes qui se collent à nous et nous gênent dangereusement dans notre progression.

A Rajahmundry nous allons directement à la gare. Au service des "parcel Office" on me dit que les colis sont pris en compte sur présentation des billets. L'achat de ceux-ci ne se fait pas sans mal. Je tombe sur un jeune blanc-bec qui a décidé de bouffer de l'occidental. Il parle dans un dialecte local en y mélangeant quelques mots d'anglais. Heureusement je suis très aimablement aidé par un voyageur indien qui s'exprime parfaitement en anglais. Grâce à lui je comprends alors que je dois présenter les passeports pour la réservation des places, celles-ci étant nominatives.

  • Ne voulant pas trop nous éloigner de la gare nous cherchons parmi les hôtels proches. Hélas ce ne sont que  de sordides galetas. Dans le centre ville éloigné d'un kilomètre nous prenons le meilleur hôtel. C'est propre mais la douche est froide. On nous apporte de l'eau chaude à profusion dans des seaux.

A midi le lendemain je pars seul pour la gare avec le tandem. On me regarde avec curiosité. Des