 ROUMANIE - 1 MOIS - 707 KILOMETRES |
| | | - Lorsque nous passons le pont qui enjambe le Danube des ouvriers qui travaillent à peindre la charpente métallique nous font de grands bonjours. C'est bien agréable après les silences des bulgares.
La première ville Giurgiu sans charme particulier est vite passée.
- N'ayant pas pris la précaution de changer les levas qui nous restent avant de quitter la Bulgarie ceux-ci, qui ne sont pas pris dans les bureaux de change frontaliers, nous restent dans les poches. Heureusement un conducteur turc, après hésitations, consent à me prendre le billet de 100 levas contre 40 €. Je perds 10 €. Le problème c'est que nous n'avons pas encore de leis (monnaie roumaine).
Nous roulons depuis longtemps et cherchons un endroit pour camper. La plaine qui s'étend à perte de vue n'offre aucun endroit discret ce qui nous ennuie. En effet, de temps à autre nous rencontrons des attelages d'un autre âge conduits par des tziganes. Ils nous croisent arborant de grands sourires et en frottant les pouces et les index (signifiant donnez nous de l'argent). Il ne serait pas prudent de camper tout près d'eux pour qu'ils viennent nous faire nuitamment une visite.
- Nous avons faim. Des paysans vendent sur le bord de la route de belles cerises rouges. Hélas nous n'avons pas d'argent pour en acheter.
Dans le quatrième village nous recevons l'hospitalité. Nous sommes autorisés à camper près de la petite église entourée d'un cimetière de quelques tombes. Une palissade nous protégera d'éventuels visiteurs. Sur la route, à intervalles réguliers, passent les tziganes avec leurs chariots. Les villageois leur lancent des pierres pour qu'ils déguerpissent vite. Après installation je vais dans un petit commerce pour faire des courses mais l'épicière ne fait pas le change des €uros. Je reviens sans rien. Nous aurons au menu notre éternel plat de pâtes.
- Au matin nous venons de terminer un maigre petit déjeuner lorsque le sacristain arrive avec deux brioches fourrées au miel et aux noix. Un délice.
Au moment du départ, l'ouvrier maçon qui nous a accueilli hier au soir et travaille à la réfection de l'église veut nous faire un cadeau. N'ayant rien de particulier sur lui il me donne une petite boite d'allumettes. Ce rien me semble énorme car j'ai vu dans les yeux de Popa Rodu de l'émotion. Pour le remercier Bernadette me prend en photos avec lui. Nous lui enverrons ce sera notre cadeau.
- Nous sommes encore à 30 kilomètres de Bucarest. Dans les champs les paysans travaillent avec leurs bêches ou des charrues tirées par des chevaux ou parfois par des hommes. Les tziganes sont toujours en mouvement. Nous prenons la précaution comme nous l'ont conseillé les roumains de ne pas nous arrêter à leur hauteur.
Les faubourgs de Bucarest sont sales et laids. De nombreux trous sur la chaussée nous obligent à slalomer par crainte de briser à nouveau un renfort de flèche de remorque. Dans le centre se trouvent de nombreux hôtels mais leurs prix sont élevés. Sur indication d'un jeune homme à vélo nous allons vers la gare. Un hôtel (sans étoile) mais propre nous demande après discussion 28 €. Comme il n'a pas de garage je vais jusqu'au parking gardé de l'hôtel Ibis. On consent à garder le tandem et la remorque.
- Nous restons trois jours à Bucarest. La ville est agréable avec de grandes avenues (hors périphérie). On sent qu'un vent de liberté est venu souffler sur la cité. Nous aimons flâner au hasard des boulevards et des rues. Comme de bons touristes nous visitons le Palais Ceaucescu. Nous sommes déçus. Rien ne subsiste du dictateur. Les pièces immenses aux plafonds hauts sont devenues musée. S'y trouvent ciboires, icônes, peintures sur bois et autres encensoirs. Si ces objets sont beaux ils ne reflètent pas l'histoire récente du pays. D'aucune façon il n'est fait mention du couple égocentrique qui a dirigé le pays. Nous exprimons nos sentiments sur le livre d'or mis à la disposition des visiteurs. Nous ne sommes pas surpris d'y voir des commentaires identiques aux notres. Nous ne restons pas totalement sur nos regrets, des marbres blancs veinés de noir sont d'une beauté à couper le souffle, tout comme l'escalier monumental dont la finesses du travail laisse sans voix.
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| | - S'il y a des nantis à Bucarest il y a aussi beaucoup de pauvres. Les vieux n'arrivent pas à vivre avec leurs retraites de misère. Ils sont nombreux à tendre la main avec dignité. Bernadette le coeur serré donne à ces braves gens 50 000 leis (1,33 €) (pour nous un rien, pour ceux qui les reçoivent énormément. D'autres fois, lorsque nous déjeunons ou dînons, nous évitons de nous placer trop près de la rue. Nous sommes gênés par les regards d'envie de certains passants. Un gamin des rues nous faisant pitié récupère une demi pizza que Bernadette l'appétit coupé lui donne.
- En ce deuxième jour à Bucarest nous avons un très beau temps. Nous trouvons pour déjeuner un restaurant installé dans une cour fermée. Des arbres donnent de la verdure et de la fraîcheur. Le repas est bon et nous sommes bien. Notre repas est presque terminé lorsque passent trois hommes. L'un d'eux est en uniforme de l'aviation française. Ils s'installent à une table pour déjeuner. Prétextant une envie d'aller aux toilettes je fais un détour et dis bonjour aux trois hommes. Ils travaillent à l'Ambassade de France. Outre l'aviateur, un des deux autres hommes est aussi militaire. Nous leur demandons s'ils peuvent nous renseigner sur les possibilités de passer en Ukraine pour rejoindre la Pologne. Ils nous invitent à passer au consulat de France qui jouxte l'Ambassade pour y recueillir des renseignements précis. Nous quittons le restaurant pour nous diriger vers le Consulat mais nous nous trompons de rue. Le hasard nous remet sur le chemin des trois français qui retournent à leur travail. Nous les suivons. Le second militaire, qui est sous-officier, sympathise avec nous. Nous décidons de nous revoir en soirée.
Les renseignements recueillis auprès du consulat ne paraissent pas en faveur d'un passage par l'Ukraine. On nous invite toutefois à aller demander des précisions au consulat de ce pays. Sur place nous trouvons porte close.
- En soirée dans la chambre nous étudions la carte de l'Europe. Si la route par l'Ukraine est plus plate elle se révèle plus dangereuse. Les vols y sont nombreux. Après une heure de réflexion nous décidons de prendre la direction de la Hongrie qui se trouve au nord ouest de la Roumanie. Nous avons la chaîne des Carpathes à traverser. Nous verrons bien.
- Ou Bernadette va chez la coiffeuse et n'est pas contente.
- Avant de quitter Bucarest Bernadette veut se faire couper les cheveux. Elle hésite longtemps devant plusieurs salons. Le dernier semble plus moderne. Nous y entrons. A mesure que la coiffeuse (une jeune est-ce une apprentie?) pratique la coupe l'inquiétude de Bernadette grandit. Elle fait arrêter le massacre. Le travail est totalement raté. Nous payons tout de même.
Pascal Daguise le sous-officier de l'Ambassade de France nous convie (pour notre dernière soirée) à dîner dans un restaurant situé près d'un lac au nord de Bucarest. Nous y allons en voiture. Pascal se révèle un gentil garçon. Nous passons une agréable soirée malgré une grosse averse qui inonde la terrasse. Heureusement nous avions pris place à l'intérieur.
- Ou la richesse du coeur vaut plus que celle de l'argent
- 4 juin. Il fait chaud. Bucarest est loin derrière nous. L'après-midi s'achève et nous cherchons un endroit pour planter la tente.
Alors que nous sommes arrêtés, un couple près d'une maisonnette nous observe puis s'avance vers nous. La jeune femme parle un peu français. Nous demandons si nous pouvons camper près de leur clôture en bois. Après une courte conversation avec son mari elle dit préférer que nous entrions dans le jardin. Lorsque nous y sommes le couple nous invite carrément à dormir dans la maison. Celle-ci est petite. Nous hésitons. Ne voulant pas vexer nous finissons par accepter. Notre matériel est rapidement mis à l'abri dans un petit hangar fermé ou est garée une vieille Traban qui ne roule plus.
- Pendant que Cortel le mari est retourné travailler dans le champ de maïs tout proche sa femme prépare le dîner. Pour que nous ne restions pas seuls elle a demandé aux membres de sa famille qui habitent à coté de venir parler avec nous. Passent alors, le père, la mère, les frères et soeurs, les belles soeurs, les neveux et nièces. Nous mangeons pendant ce temps de délicieuses cerises charnues et juteuse à souhait.
Notre hôtesse vient nous inviter à prendre place pour le dîner. Elle a installé une table dans la minuscule chambre qui nous est destinée. Nous sommes surpris de prendre le repas sans eux. Elle dit que son mari ayant encore de l'ouvrage ils dîneront plus tard.
- Au menu, deux oeufs sur le plat, du mouton frit, des pommes de terre rissolées. Nous devinons rapidement que notre repas est constitué sans nul doute de ce qu'ils avaient pour ce soir et sans doute demain. La viande est très grasse. Nous en mangeons le maximum. Par sécurité nous buvons de l'eau de notre bouteille.
Vers 21 heures le frère de Cortel vient nous voir avec deux bibles. Les familles sont adventistes. Il veut prêcher la bonne parole. Nous remercions mais prétextons une grande fatigue et un besoin de nous reposer.
- Le lendemain matin nous voulons remercier en laissant quelques billets de banque. Notre geste semblant gêner nous préférons faire des photos avec les membres de la famille. Nous leur enverrons plus tard. Merci à vous jeunes gens. Que la vie vous comble dans l'avenir plus qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent. Si un jour notre route passe à nouveau par ici ce sera cette fois à nous de vous gâter.
Nous constatons en soirée que ce sont bien ceux qui ont le moins qui savent donner le plus. Ayant demandé à un chef d'entreprise de camper près de ses ateliers nous essuyons un refus catégorique.
- Nous trouvons heureusement une directrice d'école plus compréhensive. Elle nous indique le terrain de sport qui jouxte son établissement. Une fois installés nous faisons la curiosité des habitants et des enfants. Plus tard, lorsque tout le monde est parti restent auprès de nous les poules, oies et vaches. Nous devinons que le terrain est plus communal que scolaire.
Des voix juvéniles nous disent bonjour en français. On rit, on parle. Sorti je découvre une vingtaine de gosses en uniforme qui gloussent. Ce sont les filles les plus hardies. Elles entament la conversation. Les enfants sont bientôt rejoints par les professeurs. Le professeur de français parle longuement avec nous. Nous mettons au point un échange avec une école de la La Haye Fouassière notre village.
- 11 heures, le départ est trop tardif. Il fait déjà très chaud. Arrêtés un moment en cours de route à l'ombre d'un arbre nous sommes importunés par des paysans qui veulent de l'argent. Ils repartent bredouilles. La route pour Pitesti cimentée est en très mauvais état ce qui nous fait peiner. En ville nous trouvons un hôtel 3 étoiles pour 30 € (petit déjeuner non compris).
- Un Ch'ti perdu en Roumanie.
- En Afrique on l'appellerait chapeau de paille, en d'autres endroits un pilier de bistrot. C'est le genre d'individu qui loin de son pays garde sur lui un ticket de métro poinçonné. Il a tout vu, tout fait mais n'est arrivé à rien. Celui-là nous l'avons rencontré à Pitesti en Roumanie.
Alors que nous cherchons une place dans un restaurant gril bondé un homme se présente à nous (en français). Il nous invite à prendre sa table. Devant l'affluence et le temps incertain à attendre nous trouvons le geste sympathique. C'est un Ch'ti, de Maubeuge. Contrairement à ce qu'il a dit en nous proposant sa table il ne part pas mais s'incruste. Pris de boisson il raconte des histoires plus invraisemblables les unes que les autres. Pour son malheur il parle de deux endroits que nous connaissons bien, Djibouti et la Nouvelle Calédonie. Ce qu'il nous en dit est tellement fantaisiste que nous lui tendons des pièges. Le menteur trouve des parades dénouées de sens mais cocasses). Changeant de sujet il dit être le conseil du patron des usines Dacia (filiale Renault) qui se trouvent non loin. Il donnerait aussi des cours de coupe de viande de boucherie dans les grands restaurants de la ville (la viande est si mal coupée - c'est la seule chose ou nous sommes en accord avec lui).
- Nous qui pensions passer une soirée agréable et tranquille sommes pressés de quitter les lieux et de rentrer. L'homme reste à la table. Sans doute attend-il d'autres oreilles auxquelles il débitera à nouveau ses histoires rocambolesques.
Après une journée de repos à Pitesti nous prenons la route de Ramincu Valcéa. Nous y trouvons à nouveau un hôtel 3 étoiles avecTV5 ce qui nous permet de voir les informations.
La route d'hier ayant été fatigante nous prenons une nouvelle journée de repos.
- Cela commence vraiment à monter mais rien de comparable pour l'instant avec ce que nous avons connu en Turquie. En fin de journée nous voyons un camping (qui curieusement ne reçoit ni tente ni caravane. De minuscules chalets sont à louer. S'y trouvent quatre lits de 60 cm (par deux superposés) avec une étroite allée centrale. L'intérieur sent l'humidité. A peine sommes nous en possession de la clé qu'une violent pluie d'orage se met à tomber. Un quart d'heure après tout est terminé. Une promenade dans les environs nous fait comprendre que nous sommes dans une petite ville de cure. Des hôtels sont tout près d'un grand hall ou les curistes boivent de grandes lampées d'eau. Sans doute les moins fortunés logent-ils au camping.
Nous sommes heureux de quitter ce camping ou nous ne pouvons pas prendre de douche. Celles-ci sont exclusivement réservées aux personnes qui accèdent à la piscine (donc pas de savonnage possible). Curieux !!!
- La route s'élève de plus en plus avec parfois des coupe jarrets. Nous rencontrons un jeune polonais de Varsovie qui fait un tour de l'Europe à vélo. Nous discutons une demi-heure avec lui. Plus loin une crevaison nous fait perdre une nouvelle demi-heure. A midi nous négligeons les gargotes pour ne plus rien trouver plus loin. Les jambes molles nous nous rabattons sur des Petit Prince de LU. Le hasard veut qu'un kilomètre plus loin un motel restaurant soit ouvert. Nous y prenons une chambre et un repas. Ce dernier est si copieux que nous donnons de la bonne viande à un chien errant qui n'en attendait pas autant. Les regards réprobateurs des autres clients devant ce gaspillage de nourriture nous gênent un peu.
- La Roumanie a cela de particulier que c'est le pays ou l'on voit le plus de chiens écrasés sur les routes. Dans les Carpathes nous en avons compté trois à quatre au kilomètre (pas tous tués le même jour). Sans en avoir été les témoins directs nous pensons que les conducteurs cherchent les bêtes au lieu de les éviter.
La nuit a été entrecoupée de levers pour Bernadette qui est gênée par des troubles intestinaux. Cela va durer toute la journée encore. Malgré cela je la sens appuyer courageusement sur les pédales. Le fait d'être à tandem permet de compenser un peu ce manque de forces.
- La route serait belle si nous n'avions pas tous ces camions qui nous doublent en nous envoyant leurs gaz d'échappement. Sur la droite un torrent serpente s'élargissant parfois en rivière puis redevenant étroit. A Sibiu nous trouvons une chambre pour 80 000 leis (20 €) avec petits déjeuners et un endroit pour garer le matériel. Bernadette est épuisée et n'a pas faim. J'ai l'estomac dans les talons mais par solidarité je ne descends pas dîner.
Il faut deux jours à Bernadette pour se remettre. Sibiu mérite une halte. De très beaux immeubles bordent des promenades. Les églises sont belles malgré (ou peut être grâce) les nombreux styles remaniés au cours des siècles. A l'hôtel, le deuxième jour, se déroule un repas de mariage? Nous voyons les invités danser. Ils forment de grands cercles, hommes avec hommes, femmes avec femmes. Il ne leur manque que les costumes d'époque pour nous croire au spectacle. Compte tenu de la chaleur étouffante et des bruits du bal nous ne dormons pas de bonne heure. Heureusement nous avons TV5.
- Entre Sibiu et Sefes la route n'est pas très difficile, seul le vent de face nous empêche de faire une bonne moyenne. Après déjeuner nous commençons à chercher un endroit pour dormir. Un ancien complexe hôtelier à l'abandon avec terre plein pourrait faire notre affaire mais l'endroit est squatté par un pochard brûlé par l'alcool. Dix kilomètres plus loin nous trouvons un hôtel restaurant flambant neuf. Des garages individuels sont proposés aux clients. Nous en louons un. Ce soir Bernadette qui a retrouvé sa forme et l'appétit fait honneur au repas.
- La nature est belle, la route aussi. Si nous montons doucement les descentes se font à près de soixante à l'heure grâce à un bitume parfait. Les champs de blés ondulent sous la caresse du vent. Les moissons ne devraient pas tarder. La ville de Sefes n'ayant pas de charme particulier nous continuons jusqu'à Iulu.
- Faim contre amour maternel
- Avant de chercher un hôtel nous déjeunons. Au cours du repas nous voyons une mère tzigane et son fils de dix ans qui observent les tables. Deux allemands viennent de terminer leur repas. Dans une assiette se trouve un reste de pâtes. La mère et l'enfant viennent à la table. Sans se préoccuper de son fils la femme enfourne dans sa bouche, à pleines mains, les pâtes restantes. Si elle n'a pas mangé sa suffisance l'enfant quant à lui à l'estomac vide. Avant qu'ils puissent récidiver à une autre table un serveur vient les chasser à grands coups de serviettes.
A la sortie de la ville nous trouvons un hôtel. Il est seulement 14 heures 45.
- 17 juin. La journée est très chaude. Nous quittons Iulu par une route presque plate. Après vingt kilomètres des vallonnements sérieux nous donnent de la peine surtout que le vent nous fait face. La nature par ici est moins jolie. Les cultures se font plus rares, l'herbe moins haute. Les moutons semblent y être les rois. Les villages sont moins riches et les maisons sont souvent décrépies. Les habitants sont aussi moins chaleureux. Les commerçants si l'on manque d'attention doublent presque la pesée (en prix).
Nous déjeunons dans un petit restaurant de saucisses et de frites. Ce n'est pas mauvais mais il ne faut pas regarder autour de soi. C'est sale et poussiéreux. Nous ne nous attardons pas.
- A 16 heures nous avisons un motel. La visite des chambres nous révèle encore là un laisser aller dans l'entretien. De plus il n'y a pas de douche, seulement un lavabo. Un regard sur le personnel crasseux ne nous incite pas à rester.
Nous arrivons 3 heures plus tard à Turda par la zone industrielle (ou ce qu'il en reste). Près de 95% des usines sont à l'abandon et en ruines. La route est pleine de trous et de bosses, quelques plaques de bitumes qui subsistent sont comme des flots dangereux. De misérables maisons sur les cotés (sans doute des restes de cités ouvrières) sont encore habitées. Les mines peu amènes de ceux qui y résident ne nous engageraient pas à traverser le quartier à la nuit tombée. Cette cour des miracles quittée nous arrivons dans le centre ville. Des immeubles avec commerces, banques... d'une autre allure nous rassurent. Il y a deux hôtels. L'un modeste pourrait convenir mais il n'a pas d'emplacement pour garer le matériel. Nous allons au second qui est un 4 étoiles de style baroque aux allures du château de Dracula dont il porte le nom. La chambre est à 50 € mais nous réussissons à l'avoir à 40 €. C'est confortable. Dans la chambre nous sommes amusés par la décoration qui est celle de la demeure du vampire des Carpathes.
- Entre Turda et Cluj Capona
- Les deux villes sont dans des vallées mais elles sont séparées par des montagnes. La route serpente entre elles longeant des torrents, des petites vallées. Dans ces dernières les paysans cultivent du maïs sur de petites parcelles. Les villages sont peu animés, les habitant se trouvant aux champs. Leurs outils sont le plus souvent limités à des bêches.
Les paysages de Transylvanie sont beaux. A 800 mètres d'altitude nous trouvons des ressemblances avec les Vosges françaises mais en moins boisées. Certaines terres qui ne sont pas assez riches pour les cultures ou trop en pente sont dévolues aux activités pastorales.
- La ville est de moyenne importance. Notre budget ayant souffert ces derniers jours des hôtels 3 étoiles nous cherchons assez longtemps un hôtel convenable pour un prix correct. Nous trouvons enfin un une étoile. La chambre est dotée d'une salle de bain. On nous fait un prix si nous restons plus d'une nuit. Cela tombe bien nous avons l'intention de nous reposer.
Ce matin il pleut. Nous paressons au lit jusqu'à 10 heures et ratons le petit déjeuner. 15 heures nous sortons sous la pluie, armés de nos parapluies. Les roumains ne semblent pas connaître cet ustensile. Pour passer le temps, à l'abri, nous visitons une église catholique qui est très belle puis une orthodoxe. Cette dernière a malheureusement ses peintures écaillées. La pluie ayant cessée nous marchons sur les boulevards. Malgré le manque de soleil nous trouvons à la ville un certain cachet.
- En ce deuxième jour de repos le beau temps est revenu. Il y a plus d'animation dans les rues mais aussi plus de mendiants. Ce sont comme à Bucarest de vielles personnes, souvent dignes. Cela nous serre le coeur. Bernadette toujours généreuse donne à une brave femme qui remercie d'un large sourire. Plus affligeant, c'est cet enfant de 9 ou 10 ans, sale et en guenilles, qui marche en reniflant de la colle le nez fourré dans un sac plastique.
Dans l'après-midi je vérifie le matériel. La pièce métallique qui tient les renforts de flèche est à la limite de la rupture. Un ouvrier effectuant des travaux à l'hôtel trouve un morceau d'acier plat qui une fois travaillé fait mon affaire.
- A notre départ la réceptionniste nous fait cadeau d'un rouleau de papier hygiénique et d'un petit savon en nous disant que cela peut toujours servir dans la nature.
Le déjeuner est pris dans une gargote. C'est simple mais bon, cotes de porc, pommes de terre, salade et bière. Près de nous trois hommes, des hongrois, s'intéressent à nous. L'un deux, dans un français haché pose des questions. nous ne sommes pas surs que les réponses que nous faisons soient correctement traduites à ses camarades. Un essai en anglais n'est pas meilleur. Il fait pourtant l'admiration de ses amis qui trouvent extraordinaire d'être avec un polyglotte.
- Nous redémarrons en cote. En haut de celle-ci un autre restaurant tout neuf. Nous ne sommes pas sur que nous y aurions mieux mangé et sans doute cela aurait été plus cher.
- Rencontre avec des expatriés
- Nous roulons doucement lorsqu'une voiture immatriculée en Roumanie s'arrête devant nous. Un couple en descend et visiblement nous attend. Ce sont des français, expatriés, travaillant chez Michelin à l'usine de Zalaü. Après les présentations et un moment de conversation Claude et Eliane Alvarez nous invitent à passer à leur domicile et à rester une ou deux journées selon notre convenance. Ce ne sera pas ce soir, la distance qui nous sépare de Zalaü est trop grande. Rendez-vous est pris pour demain vers 16 heures.
En soirée nous cherchons un endroit pour camper, de préférence près des maisons. Hélas la majorité des cours sont sale des fientes des poules qui s'y promènent quand ce ne sont pas les cochons. De braves gens, sans animaux, nous proposent leur pelouse mais celle-ci est tellement en pente que nous aurions l'impression de dormir debout. Nous finissons par trouver un endroit presque convenable entre la route et une paire de truies dans leur enclos. Il y a vingt mètres de chaque coté. Pendant que nous montons la tente nous observons un vacher qui ramène une centaine de bêtes. A chaque chemin, chaque ferme, trois, cinq ou dix vaches quittent le troupeau pour rentrer dans leurs étables.
- Le matin avant de partir deux enfants de la ferme d'à coté viennent nous voir plier nos affaires. Ils sont sales. L'un d'eux a un costume, veste et pantalon. Sans doute le vêtement a-t-il servi pour une communion. Bernadette leur donne des bonbons qu'ils reçoivent le visage rayonnant.
Le restaurant de l'extérieur semble bien. Sur le parking des enfants tziganes viennent demander de l'argent avec insistance. Il faut qu'un personnel brandisse un bâton pour qu'ils déguerpissent telle une envolée de moineaux. L'intérieur du restaurant est sombre et sale. Un tour aux toilettes nous laissent dubitatifs sur l'aspect que doit avoir la cuisine. Nos muscles ayant besoin d'être nourris nous ne regardons pas trop le fond de nos assiettes.
- La descente vers Zalaü est raide. Nous n'avons pas trop des trois freins pour nous retenir. Il n'est pas question de prendre de l'élan sans quoi c'est la sortie de route dans un virage assurée.
Les indications qui nous ont été données hier nous permettent de trouver directement la maison de Claude et Eliane Alvarez. La demeure est grande et dispose d'un grand jardin. La chambre d'amis ou nous déposons nos affaires est spacieuse (sans doute 30 mètres carrés). C'est la plus petit pièce.
- Nous passons une soirée agréable dans une ambiance française. Les alcools et l'excellent repas nous grisent un peu. Invités à prendre une journée de repos nous acceptons avec plaisir après avoir hésité pour la forme.
La matinée est consacrée au repos. Après déjeuner pris en compagnie de Claude et Eliane nous partons avec cette dernière à une vingtaine de kilomètres visiter un monastère (nous devrions l'appeler couvent puisque ce sont des nonnes qui l'occupent). Sur place Eliane qui est déjà venue plusieurs fois demande soeur Théodora laquelle lui sert habituellement de guide. Les extérieurs du monastère sont très fleuris. L'arrosage se fait à la main après puisage de l'eau. Lorsque nous visitons l'église nous y trouvons la mère supérieure qui nous reçoit quelques instants. C'est une femme affable qui semble usée par les années de labeur. Les journées vont de l'aube jusqu'à bien après le coucher du soleil. Du même âge que Bernadette elle parait dix ans de plus. Dehors une petite église en bois attire notre attention. Elle a été amenée, pièce par pièce, d'un village et remontée ici. Le bois pourtant ancien est encore de bonne qualité. A l'intérieur des fresques attendent d'être restaurées (lorsqu'il y aura de l'argent pour cela). Soeur Théodora pendant la visite s'assoit. Nous lisons la fatigue sur son visage. Au contraire de se plaindre elle dit être heureuse de son sort enviable par rapport à celui de bien des paysannes. Avant de quitter le monastère Eliane donne quelques billets de banque. Nous voulons imiter son geste mais elle nous fait signe qu'elle a grandement donné pour nous aussi. Ces dons sont les seuls revenus liquides de la communauté.
- A Zalaü nous prenons des rafraîchissements avant d'aller chercher Claude à la sortie de l'usine Michelin (ou il occupe un poste important). Il se trouve en compagnie de la responsable du personnel. La jeune femme est roumaine. Elle a été invitée à se joindre avec un autre couple à nos hôtes qui souhaitent nous emmener ce soir au restaurant. Nous passons une très bonne soirée appréciant la cuisine française servie par le restaurant. A minuit, nous nous glissons dans les draps fatigués mais heureux.
Souhaitant dire au revoir à Claude qui part au travail à 7 heures je me lève à 6 heures 45. J'ai aussi avant le départ à graisser les moyeux de roues de la remorque qui avant Zalaü commençaient à couiner.
- 10 heures 30 après des photos souvenirs nous prenons la route. Nous comptons rejoindre Patesti.
- Des vitamines en tablettes
- A la sortie de Zalaü deux femmes en voiture nous font des signes d'amitié auxquels nous répondons. La voiture s'arrête près d'une épicerie puis nous dépasse à nouveau. La conductrice nous montre quelque chose et s'arrête. Elle donne à Bernadette une tablette de chocolat en lui disant que sont des calories pour la route. Sans plus de manières tout le monde repart.
Dans la matinée plusieurs averses nous obligent à enfiler nos capes. La transpiration nous humidifie autant que le ferait la pluie mais les vêtements nous protègent du vent.
- A 13 heures 30 poussés par la faim nous nous arrêtons dans un minuscule restaurant. Nous commandons des soupes suivies de cotes de porc avec salade. Curieusement les cotes sont servies avant les soupes. Lorsque celles-ci arrivent cela sent tellement le mouton, le yaourt qui l'accompagne si fort la chèvre, qu'après avoir goûté nous reposons nos cuillères.
Nous arrivons au motel indiqué par Claude à 16 heures (il ne s'y est jamais arrêté). La chambre n'a pas d'eau chaude, les draps ont déjà servi à plusieurs personnes (camionneurs pour l'essentiel). Le bar et le restaurant sont sales. Bien qu'ayant perdu trois quarts d'heure nous ne restons pas. Plus loin, dans le village de Patesti nous trouvons grâce à l'amabilité d'un jeune homme (qui nous emmène chez le propriétaire) un terrain pour mettre la tente. Il y a des trous dans la clôture mais nous sommes quand même à l'abri des tziganes qui sont nombreux à passer sur la route. Le jeune homme est récompensé de 50 000 leis (1,3 €). Il est ravi. Le terrain qui a été charrué est plein de bosses.
- Les réveils ont été nombreux à cause des bosses. Ne trouvant pas de pain nous déjeunons de petits beurres sur lesquels nous tartinons du miel.
La route jusqu'à Satu-Maré est en plaine. Nous faisons les 32 kilomètres facilement.
- Nous déjeunons avant de chercher un hôtel. Pendant le repas de nombreux gamins viennent tendre la main. Bernadette le coeur serré donne une part de pizza à un enfant (qui la dévore tout de suite sans doute par crainte de devoir partager). Une petite fille reçoit 10 000 leis. Un autre poulbot se voit gratifier de seulement 1 000 leis (notre dernière monnaie). Ces enfants ont-ils un avenir ?
Délaissant les bouges nous avons le choix entre deux hôtels 2 étoiles. Nous optons pour celui qui offre le meilleur rapport qualité/prix. Nous payons environ 34 €.
- Nous faisons la connaissance d'un français qui vient régulièrement en vacances en Roumanie. Il dit qu'un de ses amis journaliste serait intéressé par notre voyage. Serions nous d'accord pour un article ? Rendez vous est pris pour 18 heures. A l'heure dite le journaliste est là. L'interview dure une demi-heure.
La ville de Satu-Maré offre peu d'intérêt touristique.
- En fin de la deuxième journée le français vient vers 16 heures demander de nos nouvelles. Il nous propose d'aller visiter une famille de paysans à une dizaine de kilomètres de Satu-Maré. Il est accompagné d'une jeune femme (aux allures tziganes) qui de toute évidence est sa maîtresse. Au village, la demeure est modeste. La jeune femme qui nous reçoit veut absolument nous servir à manger. Craignant de froisser nous acceptons l'assiette de ragoût de mouton et de haricots verts. Je mange sans appétit. Bernadette se force. La jeune tzigane sert d'interprète. Nous sommes là depuis une demi-heure lorsqu'une femme (d'un certain âge), la mère de notre hôtesse, revient des champs ou elle était à faner. Elle est suivie de son mari. Nous discutons de choses simples. Un tour à l'extérieur nous emmène au potager que l'on est fier de nous montrer. Y sont cultivés les légumes de la maisonnée. Un tas de fumier de six mètres au carré et d'un mètre cinquante de haut attend l'automne pour enrichir le terrain. De sa base s'écoule dans des rigoles du purin qui s'infiltre lentement en terre. A deux pas de la maison un enclos à demi couvert contient trois truies et huit porcins. Une partie sera consommée par la famille, l'autre vendue. Des poules et leur coq, aux cous dégarnis, picorent dans la cour parmi la fiente laissée ici et là. Un chien à l'attache sert à avertir de toute intrusion de prédateurs à deux ou quatre pattes. Enfin le puits avec son système à balancier pour descendre et remonter le seau d'eau claire (mais sans doute chargé de bactéries). Notre accompagnateur qui avait pris soin d'acheter des bières nous a dispensé de nous désaltérer d'eau plate. Nous quittons ces gens sympathiques qui ont été heureux de nous recevoir. Nous repartons avec l'impression d'un retour dans les campagnes françaises de la première partie du XXème siècle.
27 juin 2003. Le photographe du journal local vient prendre une photo pour joindre à l'interview d'hier.
- A la frontière Romano-hongroise nous dépensons nos derniers leis en produits divers. Le passage se fait rapidement.
l'accueil et la générosité des populations simples au coeur d'or la traversée des Carpathes les camping sauvages
les chiens écrasés le sort des tziganes la misère des vieux et des enfants la saleté de certains hôtels le manque d'intérêt pour l'écologie |
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