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LA PORTE DE L'ORIENT

TURQUIE - CHYPRE - TURQUIE - 5 MOIS ET DEMI - 2610 KILOMETRES

  • Où les millions affolent Bernadette.


  • Avant de prendre la route il nous faut acheter de la boisson. Bernadette, munie de billets de banque turc (je viens de changer des euros) va à une petite boutique pour acheter 1 bouteille d'eau et 1 litre de coca-cola. Elle revient affolée, les mains vides. Elle me dit que le marchand lui demande 2 millions de livres turques et qu'elle ne veut pas payer cette somme. Après avoir un peu rit je lui dis que ce n'est pas cher. Contre 50 €  j'ai bien reçu 79 750 000 livres. Un peu honteuse elle ne retourne pas à la boutique. Je fais donc l'achat.

Nous sommes sur les routes turques.

  • Nous prenons la direction d'Istanbul. Nous embarquerons sur un ferry à Bandirma, au sud de la mer de Marmara.


Une trentaine de kilomètres après Ayvalik nous arrivons à Buhaniye. Un camping est tenu par un allemand. La saison est terminée et le camping est théoriquement fermé mais il nous reçoit sans problème. Le soir il nous offre même une boule de pain. Les seuls bruits que nous entendons sont quelques aboiements d'un chien et le braiment d'un âne qui s'ennuie dans le pré à coté.

  • Pompiers sympas.

  • La soirée de la seconde journée nous sommes dans une région montagneuse et boisée. Nous trouvons un endroit pour camper près d'une ancienne bergerie. Non loin, une maison avec des pompiers qui surveillent le massif forestier. Ils nous invitent à boire le chai (thé). J'y vais seul. Bernadette craint de ne pas dormir si elle prend du thé. On me propose de l'eau potable. Elle va servir à cuire nos pâtes. Pendant le repas la pluie se met à tomber. Les pompiers nous proposent de venir nous installer chez eux. La tente étant montée nous déclinons l'invitation. Couchés, nous entendons les camions qui gravissent avec peine la montée à 10%. Demain ce sera notre tour.


Avant de partir les pompiers insistent pour que nous venions prendre un cai. Le sucre qu'il contient va nous aider à monter les cols successifs qui nous séparent de la ville de Balikésir.

  • Gentillesses.

Les premiers coups de pédales nous font comprendre que cela ne va pas être une partie de plaisir. Avec notre chargement nous ne dépassons pas 4 kms/heure. Un cyclomotoriste  s'arrête devant nous. Il cherche dans une sacoche et en sort une corde. Il propose de nous tracter. Nous le remercions de sa gentillesse mais ce serait trop dangereux. Il paraît déçu. En fin de matinée nous achetons à un paysan un kilo de clémentines (1 250 000 livres). Les fruits sont amers. Quelques kilomètres plus loin une voiture s'arrête devant nous. Le conducteur nous fait signe de nous arrêter. Il nous offre des clémentines et des figues sèches. Par gestes il nous fait comprendre que ce sont des vitamines et qu'elles nous feront du bien.


  • Arnaque ou pas arnaque.


En début d'après-midi de gros nuages noirs avancent rapidement à l'horizon. Cela sent l'orage. Aux premières gouttes nous nous abritons dans le tunnel de lavage d'une station service désaffectée. Nous en sommes à nos réflexions sur le temps à venir lorsqu'une voiture avec trois hommes à bord vient près de nous. Après bonjours et salutations ils viennent de notre coté. Ils ont (enveloppé dans du journal) du pain et de la saucisse ainsi que deux bouteilles de vin. Ils nous proposent de casser la croûte avec eux. Nos estomacs étant garnis que de fruits nous acceptons, sans oser nous gaver. Ils nous font comprendre qu'ils habitent le village sur le flanc de la montagne, dont on voit les toits à travers les arbres et ajoutent que nous pourrons planter notre tente chez l'un d'eux. Ils nous offrent des cadeaux, une petite peluche, un tapis de prière et un parapluie (au cas ou la pluie reviendrait). Il est convenu que dès la fin de la pluie ils nous précéderaient au village. L'un d'eux nous donne une photo, un autre son adresse. Confiants, dès que la pluie cesse nous montons vers le village. En y arrivant la pente est raide mais des passants nous poussent dans le plus dur. Sur la place du village nous sommes l'attraction. Lorsque nous expliquons le motif de notre venue certains semblent perplexes. Comme aucun des trois hommes n'est là quelqu'un leur téléphone. Ils arrivent un quart d'heure plus tard. Ils semblent ivres (les deux bouteilles de vin ont fait leur effet). Nous apprenons alors qu'aucun des trois hommes n'a de jardin. Le photographe propose que nous nous installions dans son studio, entre les parapluies réflecteurs et divers objets. Un turc, présentant bien, parlant un peu français, me fait comprendre qu'il vaudrait mieux ne pas accepter la proposition. Nous ne savons pas pourquoi mais lui semble le savoir.

  • Il ne nous reste plus qu'à reprendre la route de Balikésir encore distante de 24 kilomètres.
De retour sur la grande route, Bernadette, de colère, jette au fossé le tapis de prière et la peluche, la photo est déchirée.


  • Des gens sympathiques et serviables.


A peine avons-nous fait trois cents mètres que la roue droite de la remorque crève. Je suis à dévisser les écrous lorsqu'une petite camionnette s'arrête. En descendent un homme, une femme, un jeune homme et deux jeunes filles. Il y a bientôt trop de mains pour m'aider mais la gentillesse dont font preuve ces gens m'empêche de le dire. Pendant ce temps un petit camion s'est arrêté. La femme connaît le conducteur. Elle lui demande de nous emmener à Balikésir. Le tandem et la remorque sont prestement montés. Bernadette, avant de monter, a de la peine à terminer la petite pizza que lui a donné la femme. Le temps ayant passé la nuit tombe déjà. Nous sommes heureux de cette aide en voyant les 24 kilomètres de route faits de montées et des descentes. Quand serions-nous arrivés à la ville. A destination, le conducteur nous trouve un hôtel dont le prix initial de 50 000 000 de livres est descendu à 25 000 000 de livres soit environ 13,50 €. Ces braves gens ont racheté la bêtise des trois ivrognes.

  • Balikésir est la vitrine de ce que nous allons trouver dans la plupart des villes turques, grandes ou petites. Pendant la journée de repos que nous y passons nous observons que les commerces et artisans sont groupés par corps de métiers. Ainsi ce sont des rues de restaurants, d'hôtels, de ferronniers, de tapissiers, de drogueries, de vêtements et de textiles etc... Hormis le centre les maisons sont comme en Grèce non terminées. Les trottoirs sont hauts et les rues populaires ne sont pas bitumées.


  • Chez le Berber (barbier).


  • Ayant besoin de me faire couper les cheveux et tailler la barbe j'entre chez un berber. Le prix pour la totale est de 5 000 000 de livres (3,13 €). Je suis immédiatement pris en charge par le patron.  L'apprenti est prié de regarder le travail et de fournir les outils nécessaires. Aux clients en attente il est demandé d'attendre un peu plus longtemps (ce qu'ils font avec gentillesse). Je demande une coupe courte. On hésite. J'insiste. La barbe est taillée à l'unisson. Je crois alors que c'est fini. Eh bien non ! C'est le shampoing, la face contre le lavabo, une serviette sous le menton, l'autre sur la nuque (des serviettes propres, pas de celles qui sont déjà mouillées et séchées plusieurs fois). Après le shampoing, la friction est suivie d'un massage des vertèbres cervicales avec descente sur le cou et les omoplates. L'effet est saisissant mais je me sens bien (seule la crainte d'une fausse manoeuvre me donne un peu d'inquiétude). On me brûle les poils des oreilles avec une petite torche d'alcool enflammé. Je ne sens aucune brûlure, simplement l'odeur des poils brûlés. Les sourcils sont taillés en longueur et les poils du nez ne sont pas oubliés. Nouveau et dernier massage avec un appareil vibrant, de la nuque au dos. Je doute que pour tout cela les 5 000 000 soient suffisants. Non, il n'y a pas de surprise. Satisfait je donne 1 000 000 à l'apprenti qui regarde le patron avant d'accepter. Autour de moi les braves gens sourient. Je sors heureux.

  • Premières observations de la vie turque dans une petite ville.


  • au restaurant.

Seuls les hommes déjeunent ou dînent au restaurant. Bien sûr, Bernadette faillit à la tradition. Les menus ne sont pas chers mais les rations sont petites. Pour ne pas sortir avec la faim je commande deux rations. Les boissons alcoolisées ne sont pas servies. Nous allons acheter de la bière dans les épiceries proches.

  • dans la rue.

La rue appartient aux hommes qui y déambulent de manière alerte. Ils s'arrêtent pour discuter ou entrer dans un restaurant ou un bar, pour y boire le sacro-saint chaï (thé). Les femmes, hors les zones marchandes, sont peu nombreuses. Elles sont habillées de leur longue gabardine et ont le foulard sur la tête. Si quelques unes osent défier la tradition elles se comptent sur les doigts de la main.


  • En ce 15 octobre le temps est gris et pluvieux. Nous prenons la route pour Susurluk avec un vent de face soufflant à près de 40 kms/h. La route tout d'abord plate se met à vallonner puis à grimper. Heureusement, vers le trentième kilomètre nous pouvons faire halte dans un grand fast food turc. Nous sommes servis rapidement. L'addition s'élève à 13 000 000 pour un repas correct. La reprise se fait sous la pluie. Le paysage n'en perd pas pour autant son charme. Sur les collines qui bordent la route des bergers mènent leurs troupeaux de moutons et de chèvres. Un torrent borde le coté droit de la route. Nous devons être prudents à cause des nombreux camions qui nous klaxonnent pour nous faire ranger. A notre tour nous leur faisons un signe pour les faire ralentir et s'écarter.

A Susurluk, il n'y a qu'un hôtel. Après discussion le prix est fixé à 14 000 000 de livres (7,50 €). La chambre visitée il manque des draps de lit. On nous assure qu'ils seront en place dans la soirée. Dans la salle d'eau les wc n'ont pas de papier de toilette et le joint de la cuvette fuit. C'est le bain de pieds assuré.


  • Nous allons faire un tour en ville. Dans le centre des poules picorent dans la rue. A qui sont-elles ? Dans un café internet, les ordinateurs sont de l'âge de pierre. Ils fonctionnent avec une lenteur agaçante. Heureusement que l'heure n'est qu'à 0,50 €. Nous avons trois messages mais un seul peut être lu, l'ordinateur se bloquant et ne voulant plus rien savoir. Un autre ordinateur, tout aussi lent, nous permet enfin de terminer notre lecture. De retour à l'hôtel les draps sont en place. Ils sont neufs.

Bandirma se trouve à 55 kilomètres de Susurluk. Ce matin il fait seulement 12°. Nous avons mis pour le départ nos vestes polaires, d'autant que le vent nous fait toujours face. La route est truffée de collines. Bernadette qui a attrapé un coup de froid a la fièvre, ce qui se voit sur son visage. Elle prend des cachets. Tiendra-t-elle le coup jusqu'à Bandirma ou nous espérons trouver un hôtel. De plus, nous avons le ventre creux. Nous n'avons pas trouvé de restaurant pour le déjeuner et malgré du nutella pris à la cuillère nos estomacs crient famine.

  • Les populations font preuve d'amabilité à notre égard. Souvent les gens font le geste, comme s'ils brassaient du thé dans un verre, pour nous inviter à boire un chai. Nous en acceptons un d'ouvriers agricoles qui font la pause devant leur coopérative.


A Bandirma nous cherchons la zone portuaire. Il y a un ferry pour Istanbul dans deux heures. Bernadette ne veut plus aller à l'hôtel mais prendre le bateau. A 18 heures 30 nous montons dans le ferry qui est confortable et chauffé. Dans deux heures nous serons à Istanbul.
  • Istanbul.

  • A l'arrivée il fait nuit. Le port des ferries est situé hors de la ville ou tout au moins c'est notre idée. Nous prenons la direction du centre. En chemin nous voyons des (beaux) hôtels mais leurs prix vont de 91,OO € à 40,00 € après discussion. C'est encore trop cher. Dans le centre ville historique, nous trouvons de nombreux hôtels, de toutes catégories. La fièvre de Bernadette n'étant pas tombée nous prenons le premier rencontré pour 12,00 €. La chambre est sale, les couvertures poussiéreuses, le flotteur de la chasse d'eau est mal réglé, il n'y a pas de serviettes... Bernadette n'ayant pas faim nous ne dînons pas. Elle a froid. J'étends sur elle les deux grandes serviettes de bain que je suis allé chercher. Il est 22 heures.


Il n'est pas cinq heures lorsque le muezzin lance l'appel pour la première prière de la journée. Nous sursautons dans notre lit. Un minaret se trouve à moins de dix mètres de notre fenêtre. Quel que soit le quartier ou nous serons il y aura toujours une mosquée proche. Les cinq appels à la prière ne pourront pas être manqués. A Istanbul, il y aurait 2000 mosquées.

  • Dans la matinée, nous trouvons, toujours dans la vieille ville, un autre hôtel, deux étoiles cette fois pour 20 € par jour, petit déjeuner compris et télévision. Le tandem et la remorque sont garés dans un coin du vaste salon. Nous y resterons les 11 jours de notre séjour à Istanbul.


Que de choses à voir. Les grandes mosquées, plus belles les unes que les autres, Sainte Sophie (payante), la mosquée Sultan Ahmet dite la mosquée bleue, la mosquée Yéni Camii près des quais, la mosquée d'Otaköy qui surplombe le Golden Horn et plusieurs autres.. Puis, il y a Le grand Bazar où nous ne sommes jamais fatigués d'aller. C'est un endroit magique ou l'on peut tout trouver. Les commerçants savent sans chercher la nationalité du client, s'adresser directement à lui dans sa langue maternelle. Il est dit, qu'au Grand Bazar, les commerçants ouvrent entre eux des paris sur la nationalité des chalands. Bernadette s'y trouve comme un poisson dans l'eau. Fine négociatrice elle est vite repérée par les marchands qui trouvent en elle une interlocutrice à leur goût. Plus loin, nos narines s'agitent dans le marché aux épices. Les senteurs nous montent à la tête. Elles sont tellement nombreuses qu'ils nous est difficile d'en reconnaître une  à moins de mettre le nez dessus. S'y trouvent aussi, les figues confites garnies de cerneaux de noix, des dattes et des dizaines d'autres présentations. Nous ne résistons pas à la tentation d'acheter quelques unes de ces friandises.

  • Nous ne visitons pas le Le Palais Tokapi faute de prendre une longue queue pour atteindre la billetterie. C'est dommage.


Un consulat de Syrie se trouvant à Istanbul nous y demandons  des visas pour ce pays. Nous nous présentons aussi au Consulat de France pour faire connaître notre présence dans le pays. Nous y sommes fort bien reçus. Les représentations diplomatiques se trouvent dans des quartiers modernes. Tout y est différent de la vieille ville, les bâtiments mais aussi les populations le plus souvent habillées à l'européenne.

  • La multitude des zéros sur les billets de banque donnent la tentation aux chauffeurs de taxi d'arnaquer les touristes. L'un d'entre eux essaie de nous rendre un billet de 1 000 000  au lieu de 10 000 000 mais cela ne fonctionne pas. Dommage pour lui.


Pendant ces journées nous aimons flâner le long du Golden Horn, dans le quartier de Taksim, dans les vieilles rues étroites du vieil Istanbul; Nous préférons souvent les endroits peu ou pas fréquentés par les touristes. Aucune crainte ne nous anime.

  • Les restaurants sont nombreux. Nous déjeunons et dînons de kebab mais aussi de sardines et de poissons grillés, de salades...Les prix sont très abordables. Dans les quartiers éloignés de la zone touristique les plats sont plus typiques.


Le soir et les week end les rues populaires se transforment en véritables marchés. Les vendeurs, qui n'ont pas de patente, ramassent tout en quelques secondes lorsque la police approche. La rue redevient déserte. Seuls les clients sont à nouveau promeneurs. La police passée tout reprend comme dans un chaudron en ébullition.

  • On ne peut séjourner à Istanbul sans faire un tour sur le Bosphore. Nous préférons prendre un autobus de la mer pour rejoindre les bords de la Mer Noire. Des bateaux plus légers font des excursions mais, même après avoir discuté, le prix est au moins deux fois plus élevé. Pendant cette randonnée, à peine sommes nous assis, que des serveurs nous tendent des verres de jus d'orange. Bernadette et moi en prenons chacun un. Le quai quitté, les garçons viennent pour encaisser 6 000 000 par verre. Sans être naïf, je ne pensais pas qu'un verre d'orange puisse coûter ce prix. Je refuse de régler plus de 3 000 000 par verre et fais comprendre que si ce prix n'est pas accepté ce sera rien du tout. Mes observations refroidissent les touristes qui ne s'étaient pas encore servis. Le prix n'ayant pas été baissé je ne paye rien malgré les relances faites par les serveurs. Ceci ne gâche pas le plaisir trouvé dans la promenade car tout le long des rives se trouvent de magnifiques demeures, les pieds dans l'eau. Sur le retour, alors qu'il fait nuit, nous pouvons voir les mêmes immeubles s'avançant sur l'eau de manière fantomatique. La Tour de Galata, les mosquées, éclairées par des projecteurs, ressortent sur le sombre de la ville.


Istanbul, à la charnière de deux continents, attire non seulement les touristes mais aussi les randonneurs de toutes sortes, à pieds (sacs à dos), à vélo, en voiture... Nous ne manquons pas d'en rencontrer. Nous échangeons alors ce qui peut être utile dans les pays traversés par les uns et les autres. Ce ne sont souvent que de petits rien mais qui en certaines circonstances se transforment en aide précieuse.

  • Ayant fait des achats, en Grèce puis à Istanbul, ne pouvant les transporter dans notre remorque nous préparons un colis pour l'expédier en France. Nous délaissons DHL et ses prix trop élevés pour la poste turque. Au guichet, le préposé éventre le paquet que j'avais eu tant de mal à fermer et à faire propre. Une fois le contenu vérifié (non pas pour la douane mais pour raison de sécurité) le postier referme tant bien que mal le colis qu'il entoure simplement d'une ficelle. Plus tard, nous saurons que tout est arrivé à bon port.
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  • Au revoir Istanbul, ville magique.


  • La reprise est dure après onze jours d'inactivité physique. Pour le départ le vent a voulu être de la partie mais de face. Nous quittons Istanbul par le nord de la mer de Marmara. La route longe la cote. C'est très agréable. Le soir nous trouvons à Kücükcemece un hôtel. De 45 € le prix descend à 25 €. Il faut toujours négocier dans ce pays. Cela paye.

Entre Kücükcemece et Silivri la route joue les montagnes russes. Les nouveaux rapports de vitesses montés à Istanbul nous facilitent la progression. A midi, dans un petit restaurant, je mange avec appétit le poulet frit (la bête a du courir car la viande tient bon sur les os) mais Bernadette qui sent de la fièvre monter n'a pas d'appétit.
  • A Silivri nous trouvons un hôtel acceptable grâce à l'obligeance d'un homme et de sa fille. Nous sommes à peine dans la chambre que Bernadette se couche. Je lui donne des médicaments et par précaution j'en prends aussi. Dehors un tintamarre est produit par des membres de partis politiques qui agitent des drapeaux et appuient sur les klaxons tout en parlant dans des micros. Dans trois jours il y a des élections. Regardant par la fenêtre, je vois un vieux qui arrache des affiches toutes juste collées. Ce ne sont certainement pas celles de son parti.


De Silivri à Tékirdag la route est identique à hier. Les médicaments ayant fait de l'effet nous partons sans trop de difficultés. En cours de route nous rencontrons un turc dont les trois filles habitent en France. Il est si heureux de parler avec nous qu'il nous retient une demi-heure. L'après-midi finissant nous cherchons un endroit pour arrêter. Un camping fermé offre d'ouvrir mais les installations sont si vétustes et sales que nous préférons continuer. Il en est de même pour une pension au gérant et aux chambres sales et au prix trop élevé. La nuit étant tombée il nous faut faire encore plus attention aux camions et voitures malgré les éclairages mis. A Tékirdag nous trouvons un hôtel qui baisse son prix de 7 000 000 de livres après négociations. Nous avons fait que 59 kilomètres mais nous sommes si fatigués que nous n'allons pas dîner.

  • Nous restons une journée à Tékirdag, non pas pour la ville qui est ordinaire mais pour nous reposer. A la réception de l'hôtel on nous indique que pour cette seconde nuit il n'y aura pas de réduction de 7 000 000. Tant pis.


Les jours qui suivent ressemblent au précédents. Les petites villes de Malkara, Kesan, Saros, Gelibolu, Lapséki  sont tristes et sans intérêt. La nature est entretenue, les champs labourés mais on sent la pauvreté? Les hôtels sont à la limite de la salubrité. Les propriétaires annonces des prix élevés que nous nous empressons de remettre à un plus juste prix (bien encore au-dessus encore de ce paient les turcs).

  • Après avoir traversé le Détroit des Dardanelles nous arrivons de nuit à Canakkalé, ville d'importance moyenne. Sur les boulevards, insuffisamment éclairés, je ne vois pas une bouche d'égout, située en creux. Une roue de la remorque y tombe. Le choc provoque la rupture d'un renfort de flèche. Ce n'est qu'au 8ème hôtel qu'un prix raisonnable nous est proposé. De plus, nous avons un garage gardé et couvert (à 200 mètres) pour notre matériel. A bout physiquement et nerveusement, arrivés dans la chambre, nous nous couchons. Il est 19 heures 30.


Une halte à Canakkalé s'impose. Nous allons y rester deux jours. Pour nous reposer tout d'abord et pour réparer la remorque.
  • La première journée est consacrée à la visite de la ville qui, sans être désagréable n'a pas de charme particulier. Le fait qu'il pleuve n'améliora pas nos impressions. En prévision de mauvais jours nous achetons des cirés plastiques et un parapluie pour Bernadette. Fatigués de manger kebab nous cherchons d'autres menus dans les restaurants mais sans grand succès. Lorsque nous nous couchons il pleut toujours.

Le second jour, après avoir beaucoup cherché, je trouve une serrure pour la remorque. Une soudure est aussi faite au renfort de flèche par un jeune qui travaille dans un magasin de réparation de cyclomoteurs. Nous voici à nouveau parés pour un nouveau départ. L'étude de la carte nous promet de grosses difficultés. De cols de belle amplitude seront à franchir pour atteindre Izmir. Dans une compagnie de bus nous achetons des billets. On nous dit que notre matériel devrait entrer en soute.

  • En ce 7 novembre 2002, 216ème jour de voyage, nous nous félicitons d'avoir réservé des place en bus. La pluie dehors tombe à gros bouillons. Arrivés avec notre matériel, au point de départ, nous apprenons que le conducteur ne veut pas embarquer le matériel. Nous demandons le remboursement de nos billets. Il est près de midi. Nous voici dans de beaux draps.

Après un moment de réflexion, la pluie ayant cessée, nous décidons de prendre la route d'Izmir. Advienne que pourra. Sur la route, Bernadette dit que nous devrions simuler une panne, peut être que quelqu'un nous prendrait en charge.

  • Six kilomètres plus loin, Bernadette attire mon attention. La remorque bouge étrangement. La soudure faite hier n'a pas tenue. Le voeu fait tout à l'heure s'est réalisé mais nous sommes dans la m....

  • Brave Mehmet.


  • Arrêtés sur le bord de la route je regarde les véhicules qui passent en cherchant celui qui pourrait nous prendre (petit ou gros camion, cabine vide). Arrive un petit camion, mois de 3,5 tonnes, répondant aux critères. Je lève le pouce. Le camion s'arrête. J'explique au conducteur ce qui nous arrive. Il ne comprend ni le français, ni l'anglais, mais un coup d'oeil lui suffit pour embrasser la situation. Le matériel est monté, calé et attaché dans le camion qui d'ordinaire doit transporter du poisson. En turc et à force de gestes le conducteur nous explique qu'il va nous emmener à Izmir, distante de 300 kilomètres mais qu'avant il doit s'arrêter quelque part. Nous sommes trop heureux de l'aubaine pour lui refuser. Avant son arrêt, justifié par le contrôle de la distribution de gas oil (le filtre est encrassé mais le garagiste qui l'aurait nettoyé il y a deux jours ne veut pas l'admette), nous passons à une intersection signalant la ville de Truva, l'ancienne ville de Troie que nous aurions peut être visité sans le problème de soudure.

Mehmet qui ne devait certainement pas aller plus loin entreprend de nous emmener à Izmir. Cela va assez bien pendant un tiers de la route puis le moteur commence à manquer de puissance. Pour reposer le moteur et nous refaire des forces nous prenons le repas du soir dans un restaurant connu de Mehmet. Là, se retrouvent tous les camionneurs empruntant la cote ouest. Au moment de payer Mehmet refuse que nous le fassions et interdit au serveur d'encaisser notre argent. Lorsque nous reprenons la route le camion est encore plus poussif. Les montées, le plus souvent à plus de 12 et 15%, ne facilitent pas la progression. Nous observons aisément à quoi nous avons échappé.

  • Nous arrivons à Izmir à 20 heures. Mehmet nous emmène dans un quartier qu'il semble connaître. Les hôtels sont miteux mais nous ne faisons pas les difficiles. Nous proposons à notre nouvel ami de lui offrir une chambre pour qu'il se repose avant de repartir. Il refuse. Nous comprenons qu'il doit être demain matin à Cannakalé. Grand merci à toi Mehmet.
  • Izmir.

Le lendemain matin nous trouvons à deux pas de l'hôtel un forgeron pour effectuer la soudure du renfort de flèche. Mieux, il nous rajoute un second renfort qui amortira les coups et les contrecoups. Avant de partir nous faisons une photo du forgeron (qui ne veut pas être payé). Posent avec lui ses ouvriers et amis du quartier. Je tiens pour l'occasion le drapeau turc.
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  • Nous gagnons le centre d'Izmir. Cherchant le quartier des hôtels nous demandons aux passants. Un homme parlant un peu d'anglais se propose de nous accompagner. Nous sommes suivis par des jeunes drogués à la colle qui visiblement nous cherchent querelle. L'un d'eux donne un coup de pied dans l'arrière de la remorque. Notre guide le rosse copieusement et plus loin informe des policiers (toujours nombreux) de l'incident. Parmi les nombreux hôtels nous faisons choix d'un deux étoiles. de 45 000 000 le prix est descendu à 40 000 000 de livres 21,00 €). C'est confortable, spacieux avec coin salon. Dommage que ce soit poussiéreux.

Pendant les deux jours que nous sommes à Izmir le temps reste maussade ce qui ne permet pas de faire de belles photos. Le centre ville est assez plaisant mais les quartiers populaires sont sales, les restaurants de misérables gargotes, devant les boucheries les têtes de moutons trônent avec les mouches.
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  • Nous nous renseignons à la gare pour un transport vers Antalya mais ce n'est pas possible.
Le dernier soir, l'homme qui nous a accompagné jusqu'à l'hôtel vient nous voir. Nous lui offrons une bière. Il commande une seconde tournée avec des cacahuètes, pistaches, etc... Alors qu'il est parti, le serveur nous apporte la note. Nous avons tout à régler. A-t-il (volontairement) oublié de payer ce qu'il a commandé ? Sans doute.


Au lever, pour ce jour de départ le ciel a ouvert ses vannes. La pluie serrée rebondit sur la chaussée. Nous décidons de faire transporter le matériel et de nous rendre en bus à Antalya. Une compagnie de transport non loin de l'hôtel dit pouvoir transporter le tandem et la remorque. Lorsque j'arrive pour l'embarquement ce n'est plus possible. Il faut que le matériel soit emballé. Je suis dans une colère noire. Le temps s'est éclairci. A contrecoeur, nous prenons la route.

  • Le trajet pendant cette journée est sans intérêt. Le ciel bas y est  certainement pour quelque chose. En cette saison, les plages sont désertes et les habitations de vacances vides. Nous imaginons l'été, la foule qui se presse sur la plage, les marchands ambulants, les voitures en double file, les coups de klaxons. En fin d'après-midi la route rentre dans les terres. A Ulma nous trouvons un motel. La chambre négociée est à 20 000 000 de livres. Nous sommes les seuls clients. Compte tenu de la température (pour une chambre le chauffage n'est pas allumé), bien que nous ayons deux lits de 90 cm, nous dormons Bernadette et moi dans le même.


  • Halte on ne passe pas.


12 novembre. Nous roulons vers Gümüldü. Le temps est magnifique avec un petit vent frais. La route est redevenue montagneuse. Nous sommes depuis une heure pris d'un sentiment de solitude. Plus une voiture ne roule quel que soit le sens. Nous entendons à intervalles réguliers des bruits sourds comme de grosses détonations. Nous en rapprochant je reconnais des tirs de barrage de canons de 105mm. Je ne dis rien à Bernadette pour ne pas l'angoisser. Nous devons être sur une route fermée (temporairement) à la circulation. Au dernier village, des panneaux sur le bord de la route devaient l'indiquer. En bas d'une descente assez raide, nous apercevons au loin un véhicule et deux militaires. Ils nous font stopper et nous demandent d'aller à un village proche ou de faire demi-tour. Après de dures palabres nous arrivons à comprendre que la route sera rouverte vers 13 heures. Nous avons deux heures et demie à attendre. Nous décidons de rester sur place à l'entrée d'un chemin (sans obtempérer davantage). faisant le tour de la remorque je constate que des rayons sont cassés, trois à gauche et sept à droite. Cet arrêt forcé, est, on ne peut plus providentiel. Pour peu la remorque tombait à genoux. Comptant mes rayons de réserve il m'en manque trois. J'en fabrique avec des rayons de tandem et cela tient. A 13 heures, les militaires lèvent le dispositif. Je n'aurai terminé que trois quarts d'heure plus tard. Plus loin, alors que nous gravissons une montée d'au moins 12%, nous apercevons, sur le bord de mer, des blindés avec des canons de 105 mm. L'exercice est terminé. Les militaires embarquent les matériels sur les porte-chars. Les dix derniers kilomètres se font sur le bord de mer en terrain presque plat. Un hôtel fantôme nous assure le gîte pour 12,00 €. Nous y prenons notre premier repas de la journée. C'est bon, assez copieux pour Bernadette mais ce n'est pas aujourd'hui que je vais reprendre du poids.
-Kusadaci.


La route en corniche est belle. Le temps est magnifique. La mer est d'un bleu intense. Nous fournissons des efforts mais quel plaisir lorsque nous sommes en hauteur.

  • A Kusadaci la plupart des hôtels sont fermés. Nous en trouvons un ou nous serons encore les seuls clients. Pas d'eau chaude à la douche, pas de chauffage. On nous promet tout pour dans une demi-heure. Nous aurons un chauffage d'appoint dans la soirée mais pas d'eau chaude. Le restaurant est fermé mais on nous sert le menu du personnel dans la salle à manger.


Fatigués, nous restons à Kusadaci deux jours.

  • Après une petit déjeuner turc, tomates, concombre, fromage fondu, saucisson sans porc (je rêve de porc), une miette de beurre, quelques cuillerées de confiture, nescafé, thé, nous partons pour le centre ville.

Kusadaci est une station balnéaire cotée. Son centre ville avec ses rues piétonnes est agréable. De nombreux magasins sont déjà fermés malgré le port où des paquebots de croisière déversent encore des touristes. Nous faisons provision de livres turques (300 000 000 soit 162 €) pour nos besoins de la semaine. A midi nous déjeunons dans un restaurant de bord de mer. Bernadette est prise de colère devant le plat de calamars qui lui est servi. Il y a plus de chapelure que de poisson. Elle jure au garçon ne pas payer le prix indiqué. J'ai de la chance, ma viande est un délice. Lorsque l'addition est apportée les calamars sont comptés 5 000 000  au lieu de 9 500 000 mais curieusement mon plat de 9 500 000 est passé à 14 000 000. On prétend qu'une erreur a été faite et l'on rectifie. On comptait évidemment sur notre silence.

  • Le soir à l'hôtel nous n'avons toujours pas d'eau chaude. On nous change de chambre. Nous avons une eau presque tiède. Nous pensons prendre la douche après dîner. A notre retour l'eau est froide.


  • Toujours payer les services à leur juste prix.
  • Sur la route en direction de Selcuk nous rions encore du bon tour que nous venons de faire au réceptionniste de l'hôtel. Bernadette, en colère depuis trois jours de ne pas avoir d'eau chaude, d'avoir vu le ménage fait une fois seulement, les serviettes de toilette non changées a procédé à une soustraction d'un tiers de la note. Le réceptionniste veut, pendant quelques secondes, rendre l'argent proposé mais il se ravise et le met dans le tiroir caisse. Nous avions pris la précaution, avant le règlement, de sortir le matériel sur le bord de la rue.

Avant d'arriver à Selcuk nous sommes agressés par deux gros chiens qui retroussent leurs babines et montrent les dents. Bernadette en experte lève la canne achetée à Istanbul, les chiens s'arrêtent.


  • En ville nous trouvons une chambre à l'hôtel de Paris.  Dans l'après-midi nous allons vers Ephèse avec l'intention de visiter les ruines. Bêtement, trouvant l'entrée trop chère (9,00 € par personne) nous nous abstenons. Nous le regretterons plus tard.

A l'hôtel nous rencontrons en soirée deux jeunes bretons. Ils viennent de faire le tour de l'Europe et pensent aller vers l'Afrique. Voyageant sans le sou, il leur est arrivé de chercher dans les poubelles pour manger. Leurs vêtements sont transparents tellement ils sont usés. Nous les trouvons sympa.


  • Dès la sortie de Selcuk la route se met à grimper. En chemin nous sommes amusés d'un petit train rouge qui grimpe dans la montagne. Il semble peiner autant que nous. Tout à nos observations nous ne voyons pas une voiture s'arrêter. C'est à leur hauteur que nous réalisons qu'ils ont stoppé pour nous. C'est un jeune couple rencontré hier à Ephèse. Ils semblent ébahis de nous voir en pleine montagne. Travaillant dans un cabinet d'avocats parisien. Fatigués de la routine ils sont partis eux aussi à l'aventure pour un an. Ils voyagent par divers moyens. En ce moment ils s'offrent en extra une voiture de location pour une semaine.
Notre route reprise nous voyons les paysages changer régulièrement. Tantôt nous avons de la terre rouge, des herbes sauvages qui diffusent leurs parfums, des pins ancrés sur des rochers comme en Provence. Tantôt ce sont des montagnes puis un plateau qui ressemble au plateau de mille vaches en Auvergne (sans les vaches sauf quelques unes au piquet qui broutent sur le bord de la route). Les habitations ne sont pas toutes terminées comme le veut l'usage (il paraît que tant que la maison n'est pas terminée on ne paie pas d'impôt). Enfin, sur les trente derniers kilomètres la route est presque plate ce qui nous permet d'arriver plus tôt à Aydin.


  • Après avoir réglé notre hôtel nous constatons que plus personne ne nous connaît. La gentillesse turque est évolutive. La journée est belle. Autour de nous c'est la saison des oranges, mandarines. Les cueilleuses nous font des signes de la main. La route est agréable, dommage que les camions nous rasent de près en actionnant leurs klaxons, comme si leurs engins ne faisaient pas assez de bruit. Les turcs si charmants comme piétons deviennent des assassins en puissance derrière un volant. A midi, nous prenons notre temps pour déjeuner (les turcs mangent en quelques minutes). A 15 heures 30 nous sommes à Nazilli ou un hôtel trois étoiles (pas terrible) nous fait la chambre pour 22 000 000 (toujours après discussion). A peine sommes nous arrêtés qu'une roue de la remorque se dégonfle.

Journée de repos. Ce n'est pas une crevaison mais une rustine qui se décolle à la roue de la remorque. Coup d'oeil sur la carte. Devant nous, avant Antalya, des cols prévus à 900 et 1200 mètres. A tout hasard nous cherchons à louer un véhicule ou à nous faire transporter. Un quidam m'ayant dit, le matin, pouvoir effectuer le transport pour 56 000 000 (30 €) nous annonce l'après-midi 160 000 000 livres (86 €). C'est du vol. Nous déclinons l'offre.


  • Très longue journée - Ali le kamikaze.


  • Le temps superbe est frais. Nous démarrons en terrain plat. Après 30 kilomètres cela commence à monter. Au 33ème kilomètre, un homme près de son camion nous fait signe. Il va à Antalya et peut dit-il nous y emmener  (gratuitement). Nous nous empressons d'accepter ce qui va nous éviter une semaine dans les montagnes.

Ali est un petit homme sympathique. Il a dans la quarantaine. Il fait deux fois par semaine Antalya-Izmir-Antalya. Fatigué, il dit que notre présence sera pour lui une sécurité.


  • A midi nous offrons le restaurant à notre conducteur. La route défilant, Bernadette et moi n'avons pas honte de nous faire transporter. Les montées et les descentes sont souvent de l'ordre de 15%, difficiles dans un sens et dangereuses dans l'autres. Rien qu'au régime du moteur du camion nous comprenons les efforts qui nous sont évités.

Le temps et les kilomètres s'écoulant nous voyons la fatigue sur le visage d'Ali. Pour éviter qu'il ne s'endorme je lui parle sans cesse, même s'il ne comprend pas tout ce que je lui dis. Un moment, à l'entrée d'une petite ville, dans un virage, nous le réveillons par nos cris. Il réagit en freinant brusquement. Le camion s'arrête sur un terre plein à droite de la route. Derrière nous, le tandem et la remorque ont changé de places.


  • A Antalya Ali tient à nous présenter sa femme et à nous offrir un chaï. Lorsque nous arrivons à son domicile sa femme est absente. Elle est partie emmener une jeune voisine à l'hôpital (pour accoucher). Nous partons à la recherche d'un hôtel. Ceux du centre d'Antalya n'ayant pas d'endroit pour notre matériel nous allons dans la zone touristique au-delà de la plage. Pour libérer Ali nous prenons le premier venu. Hélas, il est sale, l'ampoule principale est grillée, les serviettes sont manquantes. Bernadette pousse de la voix...

  • Antalya.

Nous resterons cinq jours à Antalya. La ville, très appréciée des touristes, est agréable. Une plage de plusieurs kilomètres, un port, de bons restaurants, nous incitent au repos.


  • Le lendemain de notre arrivée nous changeons tout de suite d'hôtel. Celui ou nous avons débarqué en soirée se révèle avec le jour encore plus sale (moquette archi-tachée, poussière partout, mobiliers abîmés...).Bernadette se fâche pour le remboursement de la deuxième nuit payée d'avance mais qui nous est quand même restituée. La nuit passée, au lieu de 30 000 000 nous est proposée à 25 000 000. Nous disons 15 000 000 et c'est bien payé. Un hôtel, de la même catégorie mais propre, ou l'on ne sent pas l'arnaque, tout à coté, nous accueille.

Nous allons à plusieurs reprises à Antalya soit à pieds soit en bus. Un peu avant d'arriver au centre ville un vieux tramway fait la navette avec le début de la plage. Nous le prenons rien que pour le plaisir. Bien que ce ne soit pas cher, nous constatons que l'on nous fait payer deux fois plus cher qu'aux turcs. La seconde fois nous préparons la monnaie. Le conducteur nous dit que ce n'est pas la somme. Les non turcs doivent payer 400 000 livres contre 250 000 livres. Les autres fois nous laissons le tramway rouler sans nous.


  • Si dans les restaurants on ne mange pas mal, le service, quel que soit l'endroit est toujours , à notre goût, trop rapide. A peine l'assiette est-elle terminée qu'on nous l'enlève ainsi que les verres et couverts. Nous avons la désagréable impression d'être chassés de table.

Le premier soir nous avons invité Ali et sa femme mais ils ne viennent pas...


  • Nous sommes heureux de l'hôtel où nous sommes. Outre la propreté les petits déjeuners sont corrects. Le personnel est aimable. Pour remercier les jeunes serveurs je les autorise à faire un tour de tandem, ce dont ils ne sont pas peu fiers. Ils attirent, en effet, les regards des locaux pour lesquels l'engin a quelque chose de magique.

Dans le minibus que nous emmène et ramène de ville nous avons repéré le prix payé par les turcs. Nous préparons à l'avance la monnaie. Nous ne prenons pas place près du conducteur. Nous lui faisons  passer comme les passagers éloignés le prix de notre passage. Il n'y a pas de réclamation. La première fois nous comptions sur le concours de deux femmes, qui, nous ayant fait un clin d'oeil, auraient certainement parlé pour nous. Chose amusante, le minibus n'a pas de trajet précis. Si un client demande de faire un détour par un quartier le conducteur l'y emmène. C'est comme cela que nous visitons les quartiers populaires.


  • Les mosquées d'Antalya n'ont rien d'extraordinaire, seule une, dans sa simplicité, a un certain cachet, datant du XIIIème siècle, elle est différente des autres. Une exposition attire notre attention. Elle est faite de personnages en cire au réalisme saisissant. Pour peu nous nous attendrions à les voir bouger.

Avant de quitter Antalya nous voulons faire un bon repas. Les restaurants du port ne servent que des menus touristiques. Nous montons sur la falaise. Un restaurant surplombe la mer. Des plats de poissons figurent à la carte. Nous commandons un énorme saumon qui nous est présenté avant préparation, une demie bouteille de blanc et de l'eau en bouteille. Le service et la préparation ne sont pas au top mais le saumon est un véritable délice. Il est curieusement accompagné de frites que nous délaissons. Le vin blanc (turc) est moyen. Nous refusons les desserts faute de place. Le tout nous est facturé à 50 000 000 de livres mais nous ne les regrettons pas. Pour digérer nous faisons une longue promenade par des petites rues de l'ancienne ville puis nous revenons à pieds à l'hôtel.
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  • Sur la route de Manavgat qui en son début est presque plate nous voyons des scènes  de la campagne, cueillette du coton, paysans sur leurs tracteurs labourant, hersant, récoltes d'oranges et de mandarines. Les gens nous saluent, de près ou de loin, sourires aux lèvres en nous disant des choses que nous ne comprenons pas.

A Serik l'hôtel ou nous pensions nous arrêter est vieillot et mal entretenu, de plus la gérante aux allures peu soignées demande 60 000 000 livres pour la nuit. Malgré un prix ramené à 30 000 000 nous préférons continuer notre route.


  • Camping sauvage près d'hôtels 5 étoiles.


Nous arrivons à Manavgat de nuit. Les hôtels sont situés en zone touristique. Le bas de gamme est de trois étoiles (mais ils sont fermés). Considérant que nous ne sommes pas habillés pour un cinq étoiles nous cherchons un coin dans la nature ou planter la toile de tente. A la lueur de la lampe frontale, nous trouvons un coin plat et sans végétation au milieu des fourrés. Tout près, nous voyons les fenêtres des hôtels allumées. Sans pain, notre dîner se compose, après 69 kilomètres, d'une boite de corned beef, de chips et en dessert une tablette de chocolat. En boisson, de la vodka (en petite quantité). Qui dit mieux ?

  • du navet cru le matin, pouah!!!.

  • Alors que nous sommes sur le départ, une paysanne, travaillant avec son mari et son fils dans un champ à coté, vient avec des navets blancs et leurs feuilles. Elle nous dit quelque chose que nous ne comprenons pas. Avec un gros couteau elle épluche un navet, en coupe de fines tranches et nous les tend. Nous aimons le légume cuit mais cru c'est immangeable. Je goûte. Bernadette grimace et jette le reste du morceau à terre profitant d'un moment d'inattention de la paysanne. Celle-ci entretemps a glissé les feuilles dans un sac plastique qu'elle a accroché au guidon de Bernadette. Nous n'en ferons pas une soupe mais nous ne voulons pas vexer. Le fils, venu rejoindre sa mère semble gêné. Pour donner le change il essaie de s'intéresser au matériel mais la barrière de la langue limite la discussion. Depuis quelques minutes la femme répète la même chose. Nous ne comprenons pas. Excédée, elle enlève le sac de verdure du guidon et s'en va sans dire au revoir. Nous comprenons enfin qu'elle apportait de la marchandise à vendre. Nous sommes soulagés. Nous n'aurons pas à jeter les légumes dans le premier bac à ordures rencontré.


A midi, le ventre creux, nous arrêtons dans un petit restaurant. Nous commandons du poulet émincé et de la salade de tomates. La viande a l'air de tout sauf de poulet. Les assiettes sont grasses avec des traces de doigts. Bernadette dégoûtée ne mange pas. Tant pis, j'ai trop faim pour me retenir.
  • Alanya

  • La recherche d'un hôtel est un vrai parcours d'obstacles. Ils sont tous fermés jusqu'au mois de mai. Nous en trouvons enfin un qui veut bien nous accueillir mais la réduction de prix est quasi impossible. Il nous faut débourser 30 000 000 sans le petit déjeuner. La nuit étant tombée nous prenons tout même la chambre. Après la douche Bernadette n'a pas envie d'aller dîner. Nous nous contentons de bricoles nous restant dans notre réserve.


Taraudé par la faim je n'ai pas très bien dormi.. L'hôtel ne servant pas de petit déjeuner nous nous préparons à partir. Nous constatons alors que les gens de l'hôtel ont bougé le tandem et la remorque. Ce faisant ils ont totalement détérioré l'antivol de la remorque et cassé un rayon. Nous sommes furieux. On nous propose de baisser le prix de la chambre à 25 000 000. Nous disons 20 000 000 et encore il nous semble que nous somme généreux.

  • Ouf, nous trouvons non loin un café restaurant qui fait des petits déjeuners à l'anglaise. Ils nous coûtent 19 500 000 mais que cela fait du bien.


Alanya quittée je ne me sens pas très bien. Je dois faire un début de déshydratation. Malgré mes efforts nous nous arrêtons tous les cinq kilomètres au lieu de dix ou quinze. Au 16ème kilomètre Bernadette repère un camping. Il est vide mais nous pouvons camper pour 5 000 000 par jour (2,70 €). Il y a l'eau chaude et si c'est vieux c'est propre.

  • Pendant les quatre jours passés à cet endroit nous retournons plusieurs fois à Alanya, à tandem ou par minibus (0,54 € pour 16 kilomètres). Attention il ne faut pas avoir peur de la façon de conduire du conducteur de bus, ni des odeurs d'aisselles des passagers qui les bras levés pour se tenir n'exhalent pas du 5 de Chanel. Nous achetons une couverture de laine les nuits étant de plus en plus fraîches. Des journalistes d'une chaîne de télévision locale nous demandent un interview.
Nous découvrons aussi la face cachée d'Alanya. Derrière les façades du front de mer une ville faite de bric et de broc.
  • Deux hollandais qui descendent jusqu'en Afrique du Sud en Land Rover viennent rompre notre solitude au deuxième jour. Nous partageons quelques instants ensemble.
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  • La dernière nuit, la tente est secouée comme un fétu de paille. Je sors retendre les cordes et enfoncer au maximum les piquets. A peine suis-je rentré que l'orage se déchaîne avec une forte pluie martelant la toile. Nous craignons de subir une inondation. L'orage s'éloigne aussi vite qu'il est venu emmenant avec lui les rafales de vent et la pluie. Rassurés nous nous endormons. Au matin, dans le petit auvent subsiste une flaque d'eau. Mes tennis y surnagent.

  • Pauvre chien

Il nous a gardé. Il croit qu'à notre tour nous allons le faire. Le berger allemand qui pendant quatre nuits a dormi près de notre tente, le dos appuyé sur la toile, nous suit du regard dans nos rangements. Lorsque nous montons sur le tandem et quittons le camping il est derrière nous. Nous pensons qu'au bout de quelques centaines de mètres il fera demi-tour. Après un kilomètre il trottine toujours derrière la remorque. Avec de grands gestes Bernadette essaie de le renvoyer, sans résultat. Des faux-plats nous ralentissant le chien nous devance. Une première descente nous permet de nous éloigner mais plus loin il nous rattrape. Au troisième kilomètre, Bernadette, à contrecoeur, prend sa canne et donne un coup sur le flanc du chien qui gémit. Prudent, il continue à suivre mais à une centaine de mètres. Une longue descente nous permet enfin de prendre de la vitesse. Le chien ne continue pas. Nous ne pouvions l'emmener mais nous sommes tristes.


  • Gazipasa n'est qu'à 29 kilomètres du camping mais à cause d'un fort vent de face et une route aux forts et nombreux dénivelés nous mettons quatre heures pour l'atteindre. Petit hôtel à 15 000 000, sans chichi mais propre.

  • Savoir donner et recevoir

Notre carte au 1/1 000 000ème n'est pas précise mais elle annonce des cols à 11 et 14%. Nous risquons d'avoir des surprises. La première est de 10%. A chaque virage nous espérons rester à la même altitude ou descendre mais cela monte toujours. Nous traversons des petits villages aux maisons accrochées aux flancs des montagnes. Les habitants nous saluent gentiment de la main. Les enfants marchent auprès de nous, surpris de notre lenteur. Un homme, sur le bord de la route, le visage buriné par le soleil et les intempéries, nous offre dans une montée, deux amandes sorties de sa poche, sans que nous nous arrêtions. Sans penser aux microbes dont elles sont porteuses nous les mangeons. Nous faisons un signe de gratitude de la main auquel il répond de la même façon. Plus loin, alors que nous sommes arrêtés, pour récupérer et grignoter des biscuits, deux femmes passent près de nous. L'une porte sur son dos, comme le font les africaines, un enfant d'environ deux ans. A ses pieds un enfant de trois ou quatre ans. Ce dernier, voyant le paquet de biscuits se poste carrément devant moi. Je lui donne un gâteau ainsi qu'à l'enfant sur le dos de sa mère. Personne ne dit merci. Apparemment ce n'est pas dans les coutumes. Lorsque nous repartons nous retrouvons la femme avec l'enfant sur le dos qui nous arrête. Elle a un sac avec de grosses et belles fraises. Prenant à pleines mains elle nous en donne trois poignées. Les gens d'ici savent dire merci, à leur manière.


  • La route monte toujours. A 400 mètres nous sommes dans les nuages. Nous sommes fatigués. A part les biscuits, les fraises et des bananes nous n'avons pas fait de repas. Redescendus à 200 mètres nous n'avons plus les nuages. Il est 15 heures 30, dans une heure il va faire nuit. Nous cherchons un endroit pour camper. Un homme propose de nous accueillir chez lui à un kilomètre mais ses odeurs de sueurs et la propreté des ses vêtements nous laissent perplexes sur l'aspect de sa maison. Nous remercions disant préférer planter notre tente sur le terre plein sous les pins qui se trouve tout près. 16 heures 45, installés, nous prenons notre repas, un potage et une boite de haricots, éclairés par une lampe frontale.

Notre popote nous permet de faire un petit déjeuner satisfaisant. Alors que nous sommes sur le départ, un homme arrêté sur le bord de la route tout près vient nous donner, sans rien dire, à chacun un bonbon. Ce sucre a-t-il pensé nous fera du bien pour l'ascension des 400 mètres qui nous attendent. Autour de nous le vent fait tourbillonner les nuages. Alors que nous arrivons au sommet d'un petit col le vent de face est si fort que nous devons descendre de tandem et pousser, ce qui ne se fait pas sans difficulté. Une fois le col passé le vent nous pousse dans le dos. Nous devons appuyer dur les poignées de freins au maximum. La descente jusqu'au bord de mer est vite faite.


  • Les grandes eaux.


Nous trouvons un camping près d'une petite plage. C'est tellement caillouteux qu'il nous est impossible de poser la tente. De plus, l'air patibulaire du patron finit de nous en dissuader. En contrebas, un peu avant la plage, dans une sorte de vallonnement se trouvent des pins parasols. Dessous des aiguilles, comme la nuit passée nous serviront de matelas. Nous nous installons sous l'oeil goguenard du patron du motel-restaurant-camping. Nous sommes bien. Lors de la préparation de nos pâtes une ondée nous oblige à nous replier sous la tente. Cela s'arrête rapidement. Nous passons une bonne nuit.
  • 6 heures 30, nous entendons au loin des grondements. 7 heures 15, les premières gouttes commencent à tomber. En quelques minutes ce sont des trombes d'eau accompagnées de rafales de vent. Bientôt la tente est inondée sur plus de cinq centimètres. Dans le auvent nous mettons les affaires sur les sièges pliants. Dans la tente, Bernadette a rassemblé toutes les affaires dans des sacs de plastique. Malgré la pluie battante, elle décide d'aller se réfugier au restaurant. Je reste pour empêcher la toile de s'en aller à la mer. 8 heures 50, l'orage s'en va doucement en emportant le gros de la pluie. La toile intérieure est trempée. Dehors, je relève le tandem qui est tombé. Dans la remorque tout est bien sec. Près du restaurant, j'ai la surprise de voir Bernadette, grelottante, à demi enveloppée dans une couverture de survie. Elle dit que le restaurateur lui a fermé la porte au nez. 9 heures,  ce dernier nous propose de rentrer et de nous louer une chambre dans son motel en frottant explicitement son pouce et son index. Le regardant bien fixement nous lui faisons comprendre qu'il peut aller se faire voir. Nous restons encore un moment à demi-abrités que la pluie cesse. A la tente, peu de dégâts, seulement la boite de sel qui nage. Par contre, tout est à faire sécher. Par chance, le soleil se met à briller généreusement. Pendant que les affaires sèchent sur les buissons, nous préparons et prenons le petit déjeuner, notre table installée juste de l'autre coté de la route face au restaurant. Le restaurateur après avoir jeté un coup d'oeil préfère se cacher. A midi, tout est rangé, nous pouvons partir.

  • Nous n'avons pas fini de gravir notre Everest. Les 17 kilomètres qui nous séparent d'Anamur nous réservent encore des efforts. Parfois, nous allons si peu vite que le compteur, sans doute fâché marque zéro. Dans un dernier virage, nous voyons enfin au loin dans la plaine, la ville d'Anamur avec ses minarets. La descente doit être faite avec prudence. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour laisser refroidir les jantes qui sont brûlantes à cause du freinage. A Anamur, le motel-camping est fermé. Nous trouvons en ville un hôtel, très moyen, avec eau chaude, chauffage et petit déjeuner pour 24 000 000 de livres (13,00 €). La douche, après trois jours de route, est accueillie avec bonheur.

  • Anamur.


Alors que nous sommes à prendre le petit déjeuner, un homme, parlant un peu français, vient nous dire qu'il nous a vu à la télévision turque et aussi sur le journal Posta. C'est le résultat de l'interview d'Alanya. Il n'a plus le journal, hélas.

  • C'est notre deuxième journée à Anamur. La pluie et les orages n'ont pas cessés depuis notre arrivée. Armés de nos parapluies nous nous promenons quand même en ville. De fréquentes coupures d'électricité perturbent nos séances d'internet. Sortant de déjeuner nous apercevons un 4X4 Lada, immatriculé en Savoie, garé devant le restaurant. Une femme est à la place du passager. Nous lui disons bonjour. Elle dit s'être installée avec son mari dans la région d'Anamur ou ils font construire une maison. Quelques minutes plus tard, le mari arrive accompagné d'un ami turc. Avant de nous quitter nous échangeons avec le couple Pajean nos adresses internet. Sur le chemin de l'hôtel nous achetons deux bières et 1 kg de cacahuètes. Dans la chambre, lorsque nous décortiquons les arachides nous nous apercevons qu'elles ne sont pas grillées. La gourmandise est toujours punie.


10 décembre, c'est notre 36ème anniversaire de mariage. Le temps a mis ses plus beaux habits. Nous cherchons en vain un restaurant qui ne fait pas de kebab. C'est devant un plat de pâtes après un apéritif que nous fêtons l'anniversaire.

  • La route entre Anamur et Aydincik est truffée de montées longues et difficiles. Des coupe-jarrets à 15% nous obligent à descendre du tandem et à pousser à plusieurs reprises. C'est complètement vidés et frigorifiés par le vent du nord que nous arrivons enfin à Aydincik. A un poste de police nous demandons aux fonctionnaires de nous indiquer un hôtel convenable. Il fait nuit. La rue n'est pas éclairée. Nous avançons avec prudence en évitant les nombreux trous dans la chaussée. Le vent glacé tourne sans arrêt, venant tantôt de gauche, de droite, de derrière. Voyant une enseigne de motel je laisse Bernadette près du tandem et je vais voir. C'est un infâme bouge, sale, avec des chambres à six lits. Les clients sont essentiellement des ouvriers. De retour près du tandem celui-ci est gardé par un homme qui me dit que ma femme est à l'intérieur de l'épicerie toute proche. On lui a donné un siège, un chaï et placé devant elle un radiateur à gaz. On m'offre aussi du chaï. Un homme nous parle à nouveau de l'article passé dans le journal Posta. Il n'a plus l'article qui a servi à emballer du poisson. Une fois que je suis réchauffé, l'homme au journal, propose de nous accompagner à l'hôtel du Pêcheur déjà indiqué par les policiers. L'hôtel est simple mais on y sent autant la chaleur du coeur que celle du radiateur qui trône au centre de la pièce. Les chambres ne sont pas chauffées mais de gros édredons et des couvertures supplémentaires nous empêcheront d'avoir froid. Le repas est pris en compagnie de Peter, un allemand, qui parle français. La pizza de Bernadette, mes brochettes de viande et les frites réparent les faiblesses de notre alimentation de la journée. Le patron, ancien pécheur (d'ou le nom de l'hôtel) nous propose ainsi qu'à Peter d'aller faire une visite à son frère qui est ancien professeur de français. Bien que fatigués nous acceptons espérant seulement que la soirée ne sera pas trop longue. Le frère nous retient jusqu'à minuit. La conversation intéressante au début devient stérile la dernière heure, le raki, (une boisson anisée alcoolisée) affaiblissant les facultés intellectuelles de notre hôte. C'est avec quelques bâillements que nous prenons congé, pressés de gagner le lit et son édredon.


Le matin, nous déjeunons à la française à l'aide de notre popote. Le patron qui avait préparé une soupe de poissons à notre intention est déçu.

  • La journée se passe en efforts continus. La route comme hier est truffée de pentes accentuées. A Ovacik le motel annoncé se trouve encore à trois kilomètres. Nous les franchissons au bord de l'épuisement. Le vent glacial nous raidissant malgré nos vestes polaires et les cirés plastiques. Nous sommes les seuls clients. Le motel, surtout fait pour les vacances d'été, ne dispose pas de chauffage. Bernadette en réclame un (ou le prix de la nuit sera minoré de 5 000 000  de livres. Le gérant, consent , après bien des hésitations, à nous laisser son chauffage électrique mobile personnel, à conditions que nous rajoutions 2 000 000 de livres (1,80 €). Dehors, les rafales de vent se déchaînent. Des sifflements se font entendre aux joints des fenêtres. Tout en mangeant nos assiettes de pâtes, nous nous félicitons d'avoir trouvé ce motel. Un camping sauvage aurait été dur à vivre.


Le temps est très clair avec un léger souffle de vent. La route toujours aussi dure. Le matériel souffre autant que nous. Dans une ascension, nous entendons à diverses reprises de petits claquements. Ce sont des rayon de la roue arrière qui cassent. De retour au niveau de la mer je vérifie les dégâts. Cinq rayons sont cassés. Sans démonter la roue je change les quatre rayons cassés coté gauche et je règle au mieux. Le cinquième, coté pignons me prendrait trop de temps. Nous tentons un départ avec un rayon cassé.
Les dénivelés sont maintenant plus doux. Malgré cela notre moyenne a beaucoup baissée à cause du changement des rayons. La fatigue s'empare de nous. Bernadette a mal aux genoux suite aux efforts fournis ces derniers jours. Nous n'arrivons pas à Sifilké avant la nuit. Nous optons pour un camping sauvage. Une forêt de pins nous abritera un peu de la faible température nocturne (5° environ). Il est 14 heures. La tente montée nous déjeunons d'une soupe bien chaude suivie d'une macédoine aux légumes arrosée d'huile d'olive, de tabasco et de beurre. A 17 heures la nuit est tombée. Nous nous glissons dans nos duvets avec sur nous la couverture de laine et une couverture de survie. Je n'ai pas froid. Je réchauffe Bernadette qui semble frigorifiée.

  • Pour rejoindre Sifilké nous avons encore une vingtaine de kilomètres. Après un petit déjeuner fait de biscuits, de miel, de thé, nous reprenons notre route. Elle est moins dure qu'hier, seulement 8%. Malgré cela nous entendons encore de petits claquements. Ce sont encore quatre rayons qui cassent. Dans le dernier kilomètre avant Sifilké un cinquième rayon lâche. Comme les autruches nous faisons semblant de ne pas entendre. A l'arrivée ce ne sont pas cinq mais six rayons qui sont cassés.


Les faubourgs de Sifilké sont sales, les maisons non terminées. Le centre ville n'est guère mieux. Nous y trouvons un hôtel qui après discussion nous offre le gîte, le petit déjeuner et un chauffage pour 20 000 000 de livres. Si l'on nous avait demandé davantage nous aurions sans doute accepté tellement nous sommes fatigués. Miraculeusement, en face de l'hôtel se trouve un réparateur de cycles. Vérification faite la roue est fichue (jante fendue). Je demande une roue neuve mais avec mon moyeu à cassette. Une nouveauté pour le technicien qui place notre moyeu et rayonne la roue. Au restaurant nous réparons nos forces par un bon repas de poissons. Le patron nous offre le chaï.

  • La ville si elle n'a pas de charme possède tout au moins un capital. Elle a des restaurants à la cuisine correcte et variée. Nous décidons de rester une journée à nous reposer et à faire bombance. Tout aurait été pour le mieux si dans un point internet on ne m'avait pas volé mon bonnet de laine polaire (offert pas ma fille aînée). La colère et la déception sont à leur comble.


  • Conflit hôtelier.


  • Les 50 kilomètres pour arriver à Erdemli sont faciles, seulement quelques cotes à 8%. Nous y trouvons , après d'âpres discussions, un hôtel à 20 000 000 de livres, eau chaude théorique, chauffage d'appoint mais pas de petit déjeuner. L'examen de la chambre nous apprend vite que la douche sera glacée, que les draps n'ont pas été changés, les serviettes manquantes et qu'il n'y a pas de papier hygiénique. Bernadette en bonne gouvernante fait remédier rapidement à tout cela (sauf l'eau chaude qui est solaire). Nous sommes à peine installés que l'on vient demander le prix de la nuitée. Nous répondons que ce sera fait demain. On revient encore trois fois. A la réception, on prétend que c'est le patron qui le demande. Lorsque je demande qu'on l'appelle il est introuvable. De guerre lasse Bernadette règle. Quelques minutes plus tard nous apprenons que le patron est tout bonnement l'homme de la réception. Bernadette le traite de faux cul. Même s'il comprend l'homme s'en moque. Il a reçu son argent. La nuit est au deux tiers passée lorsque nous avons une sensation de froid. Le chauffage électrique est éteint. Un fusible a certainement été enlevé. Nous nous serrons l'un contre l'autre. Nous ferons un scandale demain mais cela ne servira pas à grand chose. Au matin, en allant chercher le nécessaire pour le petit déjeuner dans la remorque je suis amusé par le personnel qui fait semblant en me voyant de chercher dans un tableau de fusibles. Je fais part du problème au patron qui fait l'étonné. Lorsque je reviens dans la chambre, ô miracle, le radiateur fonctionne à nouveau.
Au moment de partir nous voulons donner un pourboire à l'homme de peine de l'hôtel, lequel à sa manière a servi de fusible entre nous et son patron. Ce dernier sans doute voyant cette sympathie l'appelle avec brusquerie
  • Mersin.


  • A peine cinq kilomètres après avoir quitté Erdemli la grande banlieue de Mersin dont le centre se trouve à 30 kilomètres commence à s'étirer. Ce ne sont que barres d'immeubles contre barres d'immeubles. Il n'y a pas, dans ces quartiers, de coins de détente, de stade... La circulation est dangereuse et nous devons faire très attention. Le changement d'architecture, les bâtiments anciens nous amène à penser que nous sommes maintenant dans Mersin centre.  Les hôtels ne manquent pas. la qualité va du bouge au trois étoiles. Hélas ceux qui nous plaisent n'ont pas d'endroit pour mettre notre matériel. Nous prenons donc une chambre dans un établissement modeste, poussiéreux mais ou les gens sont d'une grande gentillesse. Le tandem et la remorque sont placés dans le hall d'accueil après que des canapés aient été déplacés et rangés dans un coin. La chambre n'est pas clean, la fenêtre ajuste mal mais nous avons un chauffage électrique.

Les deux jours que nous passons à Mersin sont agréables. Nous avons du soleil ce qui nous change de ces derniers jours. Nous visitons le port ou se trouvent de nombreux cargos. Certains faute de place sont à l'ancre dans la baie. Nous dégustons du poisson ce qui nous change du kebab de l'intérieur des terres. Ce sont deux journées de repos bien méritées.


  • De Mersin à Ceyhan

  • Les salauds


Nous démarrons sous des gouttes de pluie. A l' arrivée sur la nationale (deux fois deux voies) la pluie devient bouillon. Nos capes ne nous protègent pas longtemps. Les camions qui n'ont, pour la plupart, pas de  bavettes nous envoient de gros brouillards d'eau et de terre mélangées. La bande bitumée sur le coté droit qui nous donnait un sentiment de sécurité a disparu. Sur le coté il ne reste plus que de la terre criblée de trous remplis d'eau. Nous ne pouvons pas rouler là (au risque de briser le matériel et de nous casser la figure). Roulant le plus à droite possible nous serrons des fesses un nombre incalculable de fois. Le comble arrive lorsque klaxonnés par un camion pressé de passer nous ne nous rangeons pas sur la droite boueuse. Le conducteur double alors de ce coté. Il est suivi d'un minibus dans la foulée. Sur notre gauche, des camions nous doublent. Pendant trente secondes (c'est long) nous ne voyons plus rien tant les projections nous aveuglent. Nous envoyons des bordées de jurons à ces conducteurs assassins. Nous quittons enfin la nationale pour entrer dans Tarsus. Les rues sont inondées. En certains endroits l'eau monte presque au moyeux des roues du tandem. Trempés jusqu'aux os nous ne risquons plus rien.

  • Sorry Sir our hôtel is full.

Les visages à moitié cachés par nos capuches, les capes dégoulinantes de pluie  mais aussi de boue, les jambes sales des projections, nous cherchons un Otel (hôtel). Par chance nous en voyons un, arborant fièrement ses deux étoiles, presque tout de suite. N'ayant pas pris la précaution d'enlever la cape j'arrive à la réception pour m'entendre dire avant que je n'ai ouvert la bouche que l'hôtel est complet. Compte tenu de l'heure, nous sommes encore en matinée, je doute que cela soit vrai. La crainte de nous voir salir fait répéter la même phrase au réceptionniste. C'est à croire qu'il ne connaît que celle là. Avec une obligeance, qui m'incite à croire qu'il me chasse; il m'indique un hôtel, de moindre catégorie, situé deux cents mètres plus loin. Je retourne près de Bernadette qui attend bravement sous la pluie battante. L'hôtel indiqué n'a que des défauts, pas d'étoile (de cela on se moque), pas propre, pas chauffé, pas aimable, pas d'eau chaude, pas de télévision, pas de petit déjeuner, des serviettes sans ourlet faites dans de vieux draps. Pour tout ce qui manque on nous demande 30 000 000 de livres. Après d'âpres discussions nous descendons difficilement à 25 000 000de livres. Comme à Tarsus il n'y a que deux hôtels, un bien et celui-là et que dehors les bourrasques de pluie se succèdent, nous n'avons pas le choix. Arrêtés depuis maintenant une demi-heure nous avons froid et grelottons. Nous demandons un chauffage d'appoint (même avec supplément), il n'y en a pas. Devant notre moue et nos remarques le patron de l'hôtel nous dit carrément qui si cela ne nous convient pas nous pouvons aller voir ailleurs. On ne peut pas être plus aimable. Dans la chambre nous quittons nos affaires trempées et prenons une douche à peine tiède (pas de soleil, pas d'eau chaude). Dans la baignoire, l'eau est de couleur terre. Nos peaux redeviennent blanches. Calée dans le lit, Bernadette ne veut plus sortir. Je vais faire des achats dans les petites boutiques des alentours pour trouver de quoi déjeuner/dîner. Le soir, le ciel est toujours bien noir (la pluie est devenue plus fine). Si seulement cela se dégageait cette nuit.


  • Hélas nos prières ne sont pas exaucées. La pluie tombe toujours. Même si elle est fine nous serions rapidement trempés, ne serait-ce que par les projections des véhicules. Bernadette reste au chaud dans le lit toute la journée. La chambre est gorgée d'humidité. Je descends, sans flâner, faire de nouvelles courses. En soirée il ne pleut plus et dans le ciel le vent pousse avec énergie les nuages qui redeviennent plus petits et plus blancs.

Ayant eu froid toute la nuit c'est avec soulagement que nous voyons le jour se lever. Ce matin le ciel est d'un bleu limpide. Nous allons pouvoir quitter cet endroit infect. Pour la toilette, pas d'eau chaude. Nous utilisons des lingettes.


  • A service minimum, paiement minimum


La remorque dans la rue, je la charge pendant que Bernadette règle l'hôtel. Le réceptionniste a tout d'abord du mal à comprendre. La somme de 30 000 000 de livres ne correspond pas au prix convenu. Bernadette lui montre la liste des manquements que j'ai rédigé en anglais. L'employé est blême. Se faire remonter les bretelles par nous ce n'est pas grave mais qu'en sera-t-il quand ce sera son patron ? Nous lui disons de montrer la liste au patron, qui, enverra la police à nos trousses s'il se trouve dans son bon droit.

  • Sur la nationale nous ne dépassons pas 10 kms/h à cause du fort vent qui nous fait face. Bernadette, à l'approche des bus et des camions, agite vigoureusement le bras pour les faire s'éloigner de nous. Cela marche dans un bon nombre de fois. Malgré nos vêtements chauds nous sentons le froid nous arriver jusqu'à la peau. Sur notre gauche, les montagnes bordant la plaine sont couvertes de neige à une altitude d'à peine trois cents mètres. Les orangers en plein rapport ont eu de la chance. D'après les habitants le froid cette année a un mois d'avance.
  • Adana.


  • A l'entré d'Adana nous nettoyons le tandem et la remorque dans une station service. Dans l'état ou ils se trouvent ils seraient certainement refusés dans les hôtels. Un peu avant le centre nous nous arrêtons dans un hôtel 3 étoiles. Malgré une baisse de 10 000 000 la chambre reste chère, 45 000 000 de livres. Tant pis, après les nuits passées à Mersin et surtout à Tarsus nous avons besoin de confort. La chambre n'est pas totalement parfaite mais nous avons l'essentiel, eau chaude, chauffage, télévision, des sièges, une table pour écrire et même un petit frigo avec des boissons. Nous décidons de rester quatre jours soit  jusqu'au 26 décembre.

Adana, est une ville agréable (centre) avec ses vitrines et ses rues éclairées. Nous profitons de ce repos pour nous promener un peu à pieds ce qui ne nous est pas arrivé depuis quelques jours. Nous visitons une superbe mosquée, toute neuve, à la sortie de la ville en direction de Ceyhan. Toute blanche, ses six minarets s'élancent vers le ciel. L'intérieur est splendide. Au bout des quatre jours nous ne pensons plus trouver grand chose d'intéressant.  Nous sommes aussi bien reposés et nos muscles ne demandent qu'à travailler.
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  • Bien qu'il fasse très beau la température est basse, tout juste 5°. La route vers Ceyhan est assez facile et les 50 kilomètres sont parcourus assez rapidement. Bien avant d'arriver des panneaux annoncent un hôtel portant le nom de la ville. La nationale quittée nous faisons encore trois kilomètres avant d'y arriver. Le confort relatif laissé à Adana donne ici l'effet d'un palace. Les toilettes et les douches sont sur les palier (certaines équipées de cabinet de toilette sont occupées). Il n'y a pas de chauffage mais les matelas sont chauffants. Cette suite de luxe est facturée 15 000 000 de livres (8,10 €). Informations recueillies ce serait le meilleur hôtel de la ville. Ceyhan est une ville typique turque. Nous n'avons pas l'intention d'y faire du tourisme. N'ayant pas déjeuné nous cherchons un restaurant qui pourrait nous préparer la viande d'agneau autrement qu'en kebab. Nous en trouvons un ou pour 4 000 000  de livres par personne (prix inscrit sur un papier) on nous la fera griller comme au barbecue. Nous sommes à la moitié du repas que nous apprécions lorsqu'un homme, parlant français, vient nous dire bonjour. Il propose de nous aider si nous avons besoin de quelque chose. Ayant à faire il dit revenir un peu plus tard. Ayant terminé le repas nous demandons la hésap (addition). On nous compte 25 000 000 de livres. Gloup. Nous déclarons de pas payer cette somme, tout en rappelant les prix convenus . La bière Efès plus un éventuel service sont loin de faire monter la hésap à ce point. Ne parlant pas turc, le personnel ne parlant pas français, un dialogue de sourds commence, gestes à l'appui. C'est à ce moment que revient le turc parlant français (nous supposons qu'il a été appelé). De sa voix de stentor il demande ce qui ne va pas. Facture et papier à l'appui nous lui expliquons. Apparemment ami du patron du restaurant mais comprenant qu'on nous vole il joue l'intermédiaire en reprenant notre menu point par point. Au bout de dix minutes de palabres la somme est arrêtée à 16 500 000 livres. Nous savons que c'est un peu plus que prévu mais comme nous avons correctement mangé nous acceptons. Quelques minutes après nous disons au revoir au turc parlant français. Il nous invite à passer chez lui à son village lorsque nous partirons demain. Il griffonne ses coordonnées sur un morceau de papier que je glisse dans ma poche. A l'hôtel, la chambre est toujours aussi glaciale. Nous allumons les matelas chauffants. Il est 19 heures 30.

  • Grosse frayeur mais Nuri est là.

  • 3 heures 30, je me rends aux toilettes sur le palier. Il fait très froid. J'ai la vessie pleine mais il ne sort que quelques gouttes d'urine. Le reste de la nuit se passe en aller et retour chambre-toilettes-chambree. Je n'arrive plus à uriner, même pas une goutte.


8 heures. Le ventre gonflé et douloureux je cherche un docteur. Dans un cabinet proche de l'hôtel on me dit qu'il ne sera là que vers 13 heures. De retour à la chambre je continue mes aller et retour aux toilettes sans succès. Bernadette, prenant les choses en main, cherche dans mes poches le papier qui m'a été remis hier au soir par le turc. S'y trouve mentionné un numéro de téléphone. Elle demande à la réception de l'hôtel d'appeler et elle explique ce qui m'arrive. L'homme dit venir tout de suite. Un quart d'heure plus tard il nous emmène en voiture jusqu'à l'hôpital local. A l'accueil une longue file de gens. Notre accompagnateur s'informe, l'urologue a des rendez-vous jusqu'en début d'après-midi. Une infirmière propose d'aller chez un praticien en ville, non loin de l'hôpital. Chez ce dernier, passant devant tout le monde, on me fait une échographie. Le visage de l'urologue se ferme. Il dit à Nuri (dont nous connaissons maintenant le nom) que j'ai une très grosse prostate. Pour me soulager il va me sonder mais il va falloir retourner à l'hôpital. Une demi-heure plus tard je suis soulagé. Je regarde alors vraiment autour de moi, ce que je n'avais pas fait auparavant, trop préoccupé par mon problème. La salle ou je me trouve (les urgences) est sale, les draps tachés. Nous restons le minimum de temps encore sur place. L'urologue nous demande pour l'examen et la pose de la sonde 50 000 000 de livres (27,00 €). Nous ne devons rien à l'hôpital.

  • 10 heures 30. Nous décidons de rentrer en France pour effectuer des examens sérieux. Nuri réserve nos billets. Le départ ne se fera pas d'Adana, pourtant plus proche, mais de Gazantiep, située à 120 kilomètres. A midi nous déjeunons dans un restaurant. Au moment de régler Nuri nous dit que c'est fait. Il nous propose d'entreposer le tandem et la remorque chez lui à la sortie de Ceyhan, dans un quartier résidentiel. Après cela nous partons avec lui jusqu'à ses propriétés situées à Dorük à 18 kilomètres de Ceyhan. La maison est située au-dessus des entrepôts qui sont actuellement vides, les récoltes de blé et de maïs étant vendues. Une partie de la maison est occupée par l'homme de confiance de Nuri.

Nous passons la soirée à discuter installés sur la terrasse puis dans la maison lorsque la fraîcheur se fait trop sentir. Pendant tout ce temps, de nombreuses personnes viennent  à tour de rôle nous voir. Nuri nous présente déjà comme ses amis. Il est, à l'évidence, un notable du village. Dans la conversation nous apprendrons qu'il a une double appartenance, l'une turque par son père, l'autre allemande par sa mère. De cette dernière il a la stature (il fait près de 2 mètres et a de larges épaules) et les yeux bleus. Sa connaissance du français est due à plusieurs années en France et en Belgique ou habite son frère aîné. Après avoir dîné de poulet à la broche, salade variée, repas préparé par son homme de confiance nous reprenons la route pour Ceyhan. L'homme de confiance nous accompagne, c'est lui qui doit nous conduire demain à Gazantiep.  Les deux hommes ont beaucoup bu de raki. Nous sommes rassurés lorsque la voiture s'arrête à Ceyhan devant la maison de Nuri. Au salon, nous faisons la connaissance de son épouse qui reçoit deux amies. A 23 heures nous allons nous coucher. 
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  • 28 décembre - Ceyhan-Gazantiep-Paris.

  • 4 heures, la voiture tousse au démarrage à cause du froid. A la station, le conducteur nous demande de régler 50 000 000 de livres pour le plein de gaz. Nous sommes surpris d'avoir à le faire Nuri ne nous en ayant pas parlé. Nous donnons 40 000 000 des 43 000 000 dont nous disposons.


Gazantiep étant en altitude nous rencontrons rapidement de la neige mais l'autoroute est dégagée. Nous arrivons aux environs de l'aéroport vers 7 heures. Notre conducteur demande plusieurs fois la direction de l'aéroport. Les passants sont emmitouflés et portent des bonnets de laine ou de fourrure. A un carrefour, protégé par des feux tricolores nous avons le rouge. Un camion traversant au vert freine énergiquement en voyant notre voiture arriver en trombe. Le comble c'est que notre accompagnateur engueule le chauffeur du camion. Devant notre étonnement il se justifie en disant qu'il est sur une voie plus importante et que le passage lui est du. Un comble !!!

  • A l'aéroport nos places sur Turkish Airlines sont bien réservées. Nous les réglons en faisant une carte bancaire de 1 500 000 000  de livres (810 €). Compte tenu des circonstances nous n'avons pas pu négocier nos billets. Qu'importe, une fois au moins dans notre vie nous aurons été milliardaires.


Le voyage Gazantiep-Istanbul-Orly se passe bien. Le service à bord est correct. Nous renouons avec la civilisation moderne. A l'arrivée, nous sommes certains d'être en France. Une grève des bagagistes a lieu à Orly, générant le mécontentement des voyageurs. Notre chance est de passer bien avant ceux qui sont arrivés depuis déjà plusieurs heures.
  • Retour en Turquie après 4 semaines et des examens réconfortants.


  • En ce dimanche 2 février nous quittons Paris Charles de Gaulle sous un ciel couvert et neigeux à destination d'Instanbul (via Amsterdam) ou nous atterrissons sous la pluie. Sans quitter l'aéroport nous cherchons un moyen pour rejoindre Ceyhan. La location d'une voiture est vite écartée car trop chère. Nous trouvons des billets sur Turkish Airlines à destination d'Adana via Ankara. dans cette dernière ville, mal renseignés, nous évitons de peu de manquer notre correspondance.

A Adana l'air est chargé d'humidité et orageux. Il fait nuit. Il est trop tard pour rejoindre Ceyhan ce soir. Nous cherchons un hôtel. Le chauffeur de taxi qui nous a pris en charge à l'aéroport croit avoir à faire à des touristes ordinaires. Il nous emmène dans un hôtel de sa connaissance ou les prix sont gonflés en vue d'une commission. Les 100 000 000 de livres demandés sont loin de correspondre à la catégorie de l'établissement. Nous reprenons notre chemin à pieds, vers le centre ville ou nous avons un bien meilleur hôtel pour 40 000 000. A peine sommes-nous à l'abri que l'orage éclate.


  • Avant le départ de l'hôtel nous téléphonons à Nuri pour lui dire que nous sommes de retour. Il nous attend à Ceyhan à son bureau. Nous prenons le bus (les 55 kms nous coûtent 2,10 €). L'inflation a encore grimpée, dans le bon sens pour nous. A Ceyhan Nuri manifeste autant de plaisir aux retrouvailles que nous. Il nous emmène chez lui. Nous lui remettons une bouteille de champagne et à sa femme des chocolats fins. Cette dernière nous invite à partager le repas de midi avec elle et des amies. Le repas est simple, salade variée aux piments. Nuri comme d'habitude ne déjeune pas.

A l'hôtel ou nous avons passé la nuit du 26 au 27 décembre nous avons, cette fois, une chambre avec salle d'eau et wc. A 18 heures, Nuri vient nous chercher pour dîner en ville (comme il le fait pratiquement chaque jour). Après le repas il souhaite nous présenter à sa soeur à qui il a parlé de nous. elle habite une petite maison basse, toute simple. Il y a là toute la famille, des cousins. Visiblement nous sommes l'attraction. Certains boivent du café (turc), d'autres du thé. Une heure plus tard, Nuri n'ayant pas envie de rentrer nous emmène chez un cousin habitant une HLM. Nous y restons deux heures. Nuri faisant l'interprète (à l'occasion il joue sur les mots pour plaisanter). On nous propose de revenir demain midi pour déjeuner mais nous refusons poliment devant le dénuement constaté.


  • 4 février - Dans la matinée je vais pour chercher le tandem et la remorque. Nuri m'a averti que ses fils avaient fait un tour avec le tandem. Je crains le pire. Mes craintes sont fondées. Outre la boue dont il est couvert, le tandem a la dynamo qui pend lamentablement, la manette de changement de plateaux cassée, un rayon à la roue arrière cassé et la roue voilée. J'appelle les enfants de Nuri qui jurent leurs grands dieux qu'ils n'y sont pour rien, tout en se moquant ouvertement de moi (c'est ça les gosses de riche). J'entreprends un nettoyage complet et répare les pièces cassées. Je serre comme il faut la dynamo. Je reviendrai chercher le matériel juste avant notre départ.
De retour à l'hôtel après avoir parlé des détériorations constatées nous décidons, Bernadette et moi d'en dire le moins possible à Nuri. Ce dernier un peu avant midi nous envoie un homme avec sa voiture pour venir nous chercher. Il prend la précaution de lui remettre sa carte d'identité pour qu'il nous la présente. Nous sommes emmené au restaurant ou nous avons dîné le 26 décembre et ou nous avons fait la connaissance de Nuri. Ce dernier ne mange pas. Il boit par contre du raki et de la bière. A un gamin qui vend des cacahuètes Nuri donne 500 000 livres pour une assiette d'arachides. Un autre gamin, vient à son tour tenter sa chance. Bernadette donne généreusement 1 500 000 livres. Pour la forme elle prend une poignée de cacahuètes. Notre ami a l'air de penser que nous sommes généreux mais il en est heureux. Nuri connaît beaucoup de monde. Il nous présente. Apparemment ma mésaventure de la fin de décembre est connue car on me demande si je vais mieux. Certains nous mettent en garde de continuer vers la Syrie. Il en va de notre vie disent-ils. Nuri est de cet avis. Pour nous permettre d'attendre la suite des évènements politiques (des bruits de guerre Etats-Unis/Irak sont sérieux) il propose de mettre à notre disposition, gratuitement, un appartement au bord de la mer à une trentaine de kilomètres de là. Nous pourrons y rester, si nous le souhaitons jusqu'au mois de juin, moment ou la famille va s'y rendre. Nous disons réfléchir jusqu'à demain. L'homme qui est venu nous chercher à l'hôtel, ami de Nuri (qui en compte beaucoup car il distribue facilement les billets de 10 000 000) nous invite avec insistance à venir chez lui. Sur place nous constatons que ce n'est pas la richesse. On nous offre du café, thé ou de la bière. La femme, selon Nuri, lit dans le marc de café (turc). Elle dit des banalités à Bernadette qui fait semblant d'être crédule. Nuri demande son avenir. Après les prédictions, il sort un billet de 5 000 000. Bernadette a compris le message. Ces gens insistent pour que nous venions demain déjeuner. Nous disons oui sous condition d'être accompagnés de Nuri. Une fois dehors, ce dernier nous dit que les 10 000 000 seront mieux employés à acheter du sucre et de la farine. C'est pour cela qu'ils ont été donnés à la femme.

  • La dernière journée à Ceyhan est employée à rassembler nos affaires. Le tandem est amené au bureau de Nuri d'ou nous partirons demain pour Yumurtalik ou se trouve l'appartement qui nous est prêté. Nous déjeunons chez le copain de Nuri. les prix maintenant sont les mêmes que pour les turcs, c'est à dire divisés par cinq. en soirée, notre ami, nous emmène dans un restaurant chic ou le poisson est excellent. Nous passons ensuite voir le cousin qui a exprime à plusieurs reprises le désir de nous recevoir à nouveau. Ces gens sont d'une grande gentillesse. Ils offrent au delà de leurs moyens. Nous sommes gênés de ne pouvoir rien faire pour eux.


  • Direction Yumurtalik.


  • Nous démarrons sous le regard amusé des gens. Sortis de Ceyhan, la route de Yumurtalik s'étire sur une quinzaine de kilomètres toute droite. Au treizième kilomètre un gendarme nous fait signe d'arrêter. Qua veut-il ?  Simplement nous offrir un thé. Avant d'entrer dans la Jandarma Bernadette remet, sur son cycliste, sa jupe qu'elle avait quittée à la sortie de Ceyhan. La surprise aux gendarmes dans le bureau étant passée nous discutons en anglais, une vingtaine de minutes, un verre de chaï à la main. On nous offre aussi à manger mais nous refusons poliment disant ne pas pouvoir nous arrêter trop longtemps. L'arrivée du chef de brigade tend un peu l'atmosphère. Nous décidons d'en profiter pour partir. Les derniers vingt kilomètres sont plus vallonnés. Ils ne présenteraient pas de difficultés sans une inactivité de plus d'un mois.

Nous sommes à Yumurtalik à 16 heures. Nous allons comme prévu chercher la clé de l'appartement dans un restaurant proche. On insiste pour nous accompagner (ce sont dit-on les consignes qui ont été données). Le soir, Nuri, accompagné d'un cousin (un autre) nous convie au restaurant. Au menu de beaux et bons poissons grillés.


  • Yumurtalik.

  • Petite ville de vacances Yumurtalik est aussi un petit port de pêche. Une plage, bordée d'un boulevard ou sont construits des immeubles récents et derrière ceux-ci la ville proprement dite, laquelle est miséreuse, à part quelques villas. Nous ne savons pas combien de temps nous allons rester là mais nous avons l'impression que nous allons y mourir d'ennui.

La plage est assez belle mais hélas encombrée de détritus ainsi que de débris de bouteilles de verre. Des enfants y jouent au ballon sans aucune précaution. Curieusement personne ne semble se blesser.
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  • L'arrière du pays que nous visiterons de nombreuses fois à tandem est très cultivé. Le blé et le maïs, cultivés sur les mêmes terrains dans l'année ne laissent aucun répit à la terre. On récolte aussi des pastèques sur de grandes étendues. Les ouvriers et ouvrières agricoles  kurdes sont exploités par les turcs (qui ne font pas grand chose) et vivent sous des abris faits de bois et de plastiques maraîchers. Certains nous mettent en garde contre ces gens mais nous n'avons jamais eu à craindre d'eux. Sans doute s'ils avaient pu nous le faire comprendre nous auraient-ils dit leurs mauvaises conditions de travail et de vie (ce que les turcs n'aiment pas).
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  • Pendant ce séjour à Yumurtalik nous allons régulièrement à Ceyhan faire des courses et au point internet (les commerces de Yumurtalik sont réduits en surface mais aussi en produits). Nous prenons un minibus les 5 000 000 de livres (2,65 €) pour nos deux aller et retour ne sont pas un frein à nos déplacements. De plus, les conducteurs s'arrêtent ou vous le demandez. Dès la deuxième fois nous sommes déposés devant notre immeuble sans le demander. Nous avons Bernadette et moi toujours des places assises mais ce n'est pas le cas de tous les autres passagers. Parfois, (surtout lorsqu'on quitte Ceyhan pour le retour) le conducteur apercevant un jandarme au loin demande aux passagers debout de se baisser. Le bus passe sans problème. Si le bus devait s'arrêter le conducteur glisserait dans ce cas, dans les papiers qu'il présenterait au jandarme, un billet de 5 000 000 de livres ce qui rendrait le fonctionnaire aveugle.

Pour rompre l'ennui nous louons plusieurs fois une voiture (25 € les 24 heures) pour aller à Adana puis à Iskundérun de l'autre coté du golfe pour voir la route que nous emprunterons pour la Syrie.


  • Contrairement à nos prévisions nous resterons à Yumurtalik 2 mois

Nous quittons Yumurtalik le 3 avril. Il est temps de reprendre la route. La routine commence à nous rouiller. Avec un vent favorable nous sommes rapidement rendus à Ceyhan ou nous avons retenu une chambre à l'hôtel Ceyhan. Nous y avons nos habitudes et comme nous sommes connus on est aux petits soins pour nous. Nous voyons quelques minutes Nuri qui joue aux cartes chez son ami le restaurateur. Il dit que nous nous reverrons ce soir. Il ne revient pas pas. D'après son ami il serait retourné à Adana ou sa femme et ses enfants habitent maintenant. Nous dînons sans lui dans un bon restaurant.


  • Le lendemain nous rejoignons Adana. en cours de route nous croisons Nuri qui s'arrête quelques instants pour nous dire au revoir. Un motel camping à l'entrée d'Adana nous accueille. On veut nous faire payer 27 000 000 l'emplacement (plus cher que certaines chambres d'hôtel). Nous descendons à 19 000 000 ce qui est encore beaucoup. Si je n'avais pas si mal aux fesses nous aurions continué.

Dans les environs de Tarsus nous faisons un camping sauvage. Nous ne retournons pas en ville mais faisons des courses dans une grande surface que nous n'avions pas vue à l'aller (il faut se rappeler que le temps était exécrable). Sur le parking nous rencontrons un couple d'américains qui font le tour de la Turquie (en voiture).


Le 6 avril nous sommes à Mersin. Cela fait un an que nous avons quitté la Haye Fouassière. Nous prenons un bon hôtel (38 €). Au dîner nous rencontrons un groupe de touristes français du sud ouest. Nous les saluons. Ils font un circuit de la cote sud et de la Cappadoce en minibus avec guide.

A 18 heures, nous sommes au port pour embarquer à destination de Chypre. Lors de formalités on veut (comme  aux turcs) conserver nos passeports. Nous refusons. Les policiers hésitent à nous laisser embarquer. Après discussion (sans bakchich) ils nous rendent nos passeports.
CHYPRE
  • Mersin-Turquie/Gazimaguza (Famagousta) Chypre Nord.


  • Le ferry est au moins quinquagénaire. Il vibre de partout. Pas besoin de chercher les toilettes on les trouve à l'odeur. En prévision de la nuit nous imitons les turcs en nous réservant la totalité d'une banquette avec nos affaires étalées. Le voyage doit au moins durer 10 heures. Sur les 200 passagers il doit y avoir en sus de nous trois européens. Après 3 heures de navigation se répandent les odeurs (sandwiches, chaï, et bien d'autres plus personnelles).Nous achetons des sandwiches au saucisson turc (chauffé comme des paninis) à la cantine du bord. Nous dormons au mieux à tour de rôle, allongés sur notre banquette. A 6 heures nous apercevons les cotes de Chypre mais il nous faut encore trois heures pour arriver à Gazimaguza (Famagousta). Les formalités de police sont longues pour certains passagers. Un jeune russe avec lequel nous avons discuté est carrément mis sur le coté en attente. Un iranien qui semblait inquiet au débarquement est aussi prié d'attendre. Devant nos passeports français les policiers ne s'attardent pas. En quelques secondes c'est fait.

Hors de l'enceinte du port nous nous installons sur un terre-plein pour prendre sur notre table installée le petit déjeuner.


  • Sur les indications d'un chauffeur de taxi nous nous dirigeons vers un camping. L'endroit trouvé se résume en un terrain mal aménagé, sans eau, sans électricité et sale. Un autre camping plus loin n'accueille que les résidents, pas de touristes de passage. Nous optons pour un camping sauvage. L'installation faite nous déjeunons/dînons. La nuit n'est pas encore tombée que nous sommes déjà couchés pour récupérer le sommeil en retard.
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  • 9 avril. Nous apprenons que la guerre en Irak est terminée. Peut être allons nous pouvoir aller au Moyen Orient.


Après cette nuit dans la nature nous cherchons un hôtel à Gazimaguza. Aucun ne peut accueillir notre matériel. Nous retournons vers la zone des campings ou se trouvent aussi des hôtels. Malheureusement ils sont tous fermés. Un gérant nous propose tout de même une chambre. Nous n'aurons pas d'eau chaude, ni de services mais ce sera gratuit. Cela vaut bien un camping sauvage. Nous acceptons. Le soir pour le remercier nous allons dîner dans son restaurant situé à deux kilomètres. On nous emmène et ramène en minibus.
Bonne nuit, seules les vagues auraient pu contrarier notre sommeil.


  • Halte on ne passe pas. Demi-tour ou c'est la prison.


  • De retour à Gazimaguza nous prenons la direction de la ligne de sécurité entre la zone turque et celle des grecs. A celle-ci un poste de police turc. On nous fait savoir que le passage est impossible car nous devons traverser une zone sous contrôle britannique et que nous n'avons pas de laissez-passer. Nous insistons, rien à faire. Un camion britannique venant à passer, avec deux soldats à bord, je leur demande de nous aider. Je comprends très vite que ces deux bidasses, qui vont aux commissions n'ont aucun pouvoir. Une femme policière nous dit que par contre nous pourrons passer à Lefrosa (nom turc de Nicosie).

La route pour Lefrosa est à quatre voies. Une bande d'asphaltée nous permet de bien tenir notre gauche sans danger (à Chypre on roule à gauche). Les soixante kilomètres sont parcourus sans difficulté malgré quelques faux plats. Cette partie de Chypre est fertile. Les champs d'avoine commencent à mûrir sous le soleil.


  • En fin d'après-midi nous arrivons dans la capitale Chypriote. Ne trouvant pas d'hôtel à un prix raisonnable nous nous rabattons sur une pension ou l'on nous gonfle outrageusement le prix de la nuit. Nous prenons quand même. La chambre est un véritable taudis, peintures écaillées, douche cassée (que je répare), portes ne joignant pas (d'ou des courants d'air), moquette immonde, pas de papier hygiénique ni de serviettes (nous sommes obligés de les réclamer). La douche prise, la fatigue nous tombe dessus. Nous n'allons pas dîner (nous n'avons mangé que des fruits depuis le petit déjeuner).

Au matin, devant la saleté des lieux, nous ne prenons pas de petit déjeuner. Au moment de régle